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Tale me more - Page 5

  • Le lion au corps

    la lune est à nous, cindy van wilder, mieux que la coke, LGBTQQI2SAAP, le lion au corps, une locomotive dont le confucteur est pas en grèveLa lune est à nous, Cindy Van Wilder

    Le titre me plaît énormément, il est à l'image du roman, plein de mordant et d'assurance. Pour l'avoir rencontrée à l'occasion d'un petit salon de l'imaginaire, où les auteur.e.s étaient particulièrement accessibles, je sais qu'il est aussi à l'image de son auteure. Même sans lui parler directement, j'ai senti chez C. Van Wilder le même rayonnement bienveillant.

    Etre ado, être gros.se et s'en prendre plein la tronche, voici le coeur de ce roman jeunesse, décliné au féminin avec Olivia, qui s'épanouit au travers de son blog jusqu'à ce qu'un connard déclenche une tempête, et au masculin avec Max, complexé, qui doit faire face au divorce de ses parents et à un déménagement imposé en Belgique.

    C'est un tour de force d'obtenir un texte aussi cohérent en abordant tout ce qui peut faire souffrir : cyber harcèlement, grossophobie, homophobie, non représentation des personnes racisées dans les médias, la culture, le marketing, sexisme, conflit avec les parents, pression des réseaux sociaux, adoption...

    J'ai aimé l'analyse de la portée des réseaux sociaux et des moteurs de recherches, qui sont à la fois des algorithmes insensibles qui conduisent au formatage des contenus et à l'hyper-exposition des stéréotypes mais aussi le lieu où trouver des représentant·es, des modèles, des groupes communautaires et du soutien quand on appartient à une minorité ou qu'on est isolé·e.

    Si le roman soulève tout ce qui peut faire mal, c'est pour nous inonder ensuite de baume. Il est beaucoup question d'amitié et d'amour. Et pour une fois, personne n'est oublié, on s'aventure même un peu au delà des deux premières lettres de LGBTI. Ça fait un bien fou.

    J'ai été profondément émue. Ce livre ne rouvre pourtant pas chez moi des cicatrices d'adolescence. J'étais alors quelconque, cisgenre, blanche, lunettes, appareil dentaire, cheveux longs raides et moches, je n'ai jamais été particulièrement moquée ni embêtée. Ce que le livre chatouille ou grattouille, c'est plutôt mon identité d'adulte, mal sortie de son cocon, le conflit larvé qui m'oppose à mon corps, le mec aviné à Lorient qui m'a abordé dans la rue pour me demander si j'étais "lesbienne ou quelque chose comme ça", qui m'a fait peur et auquel je n'ai rien su répondre d'intelligent. Ma position incertaine sur tout un tas d'échiquiers, quand je ronchonne contre mes semblables, mon hésitation entre repli résigné et combativité. Savoir lâcher même dans ces moments où on se sent comme perfusé d'énergie, parce que le combat n'a pas vocation à être emporté. Savoir au contraire dénicher un peu d'enthousiasme pour raviver une journée morose...

    Ce livre en est une, de perfusion d'enthousiasme. C'est un roman lumineux, humaniste, plein de peps, qui invite à l'amour, à l'amitié, à la solidarité et à la lutte.
    La lune est à nous. A nous.

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  • A se taper la tête contre les murs

    mauvaise pioche,tête la première dans la fissure,sens dessus dessous, sous béton, karoline georgesSous béton, Karoline Georges

    Le voilà, mon ovni de l'année ! J'espère que ce ne sera pas le premier d'une invasion. En général avec la SF, je décroche avec les paradoxes temporels,  les machins alambiqués, incompréhensibles, où il faut dix pages de notes pour s'y retrouver. Cette fois, j'ai tout compris, dans ce livre, à part... ce qu'il veut nous dire. Mais je n'ai pas aimé. Mais comme je pense que ça n'était pas conçu pour être aimé, sinon on y met des chatons, ou des pandas, ou des scènes de sexe... Tout va peut-être pour le mieux. 

    L'enfant est enfermé avec le père et la mère dans un espace très restreint, sans fenêtre, dans une tour qui compte peut-être des milliers d'étages et de logements identiques. A l'extérieur, on dit que les gens s'entretuent. Que la tour est le seul endroit qui reste pour vivre. Le père est violent, la mère émotionnellement instable. Les tâches répétées à l'infini. Manger les nutriments, s'abrutir de cachets. Appuyer sur des boutons. Dormir. Torpeur, violence, absence de sens à l'existence. Ne pas poser de questions.

    Ce livre est lancinant. Page après page, les mêmes propos ressassés en boucle, quasi dans les mêmes termes. Une logique de l'enfermement qui se ressent dans l'écriture, au point que j'ai eu l'impression d'être en apnée et devoir le finir vite, très vite, en laissant mes yeux courir à fond sur les lignes sans jamais m'attarder.

    C'est violent, hyper sombre, sans mouvement vers une résolution. Ce livre est un marteau-piqueur.

    "Peu importait les démangeaisons, précisait la mère, un doigt appuyé sur mon front, j'allais assurer répétition jusqu'à putréfaction. Et je retenais alors respiration, réflexion, déglutition, la posture atrophiée par l'appréhension."

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  • ... si tu veux pas qu'il glisse

    laisse pas trainer ton fils, gentil mais assassin, Le bon père, Noah Hawley

    "En Amérique, le crime n'est pas seulement ce qu'une personne fait, mais ce qu'elle est. Dans ces conditions, la réhabilitation se révèle impossible ; seul le châtiment est envisageable."

    Le candidat démocrate à la présidence des États-Unis, porteur d'espoir, adulé, est assassiné durant un meeting. Le tireur présumé est un gamin qui a quitté la fac depuis un an pour un trip à travers les Etats. Ses parents sont divorcés depuis des années, son père a fondé une nouvelle famille.

    C'est ce père qui raconte et tout le récit tourne autour de son obsession : innocenter son fils, qui refuse de se défendre, muré dans le silence.

    Je n'ai trouvé aucun charme au livre, tout au plus un début d’intérêt, éveillé après 300 pages. Bien sûr, on attend de savoir si le gamin est coupable ou non, mais pour autant je n'ai jamais eu l'impression qu'on tentait d'en faire du suspense. Ce n'est pas un thriller. 

    Les petits épisodes qui racontent l'année de vagabondage du gosse nous approchent de la résolution mais n'apportent pas grand chose au roman. En revanche, les curieux de ce genre de phénomènes (tueries de masse, assassinats politiques) trouveront leur bonheur dans les nombreux passages qui évoquent ces faits réels.

    Je pense que l'idée était de nous identifier au père, que ferions-nous si un jour la police débarquait pour nous annoncer que notre enfant est un monstre ? Et aussi d'inviter le lecteur à s'interroger sur la responsabilité des parents, particulièrement des parents divorcés. Ce qui n'est pas une mauvaise question. A quel point l'enfant est-il le produit de sa propre volonté ?

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  • L'oiseau de malheur

    oiseaux,fous, laferriere,academicien,couverture,zulmaLe cri des oiseaux fous, Dany Laferrière

    De l'Académie française.  Heureusement que c'est écrit en dessous de son nom, car le seul Académicien que je pouvais citer est mort. Comme ça je peux le remplacer. C'est toujours utile de connaître un Académicien.

    "Ce ne sont pas les gens qui subissent une dictature qui devraient la combattre (les affamés et torturés qui viennent tout juste de sortir de prison). On devrait charger d'un tel boulot des troupes fraîches de gens qui n'ont jamais connu la torture, la prison, la mystification, la faim ou l'angoisse de disparaître du jour au lendemain, de gens qui se spécialiseraient bénévolement dans des opérations de déracinement de dictateurs."

    Je suis un peu gênée avec ce roman. Il fait plus sérieux que ce que je lis d'ordinaire. Je me sens comme quand je mets une robe... Quelqu'un que je connais à peine me l'a offert, sans raison. Pas d'anniv, pas noël, je ne pars pas à la retraite, je n'ai pas accouché. Conséquence de notre échange autour de Winterson et de La tâche de P. Roth. Une de ces situations sociales illisibles pour moi... Et le pire c'est que ça tombe juste, j'ai beaucoup aimé. Tandis que mes propres deux derniers choix se sont avérés mauvais (pires même...).

    Récit sérieux, politique, écriture littéraire, très agréable. Le narrateur est un jeune homme haïtien. Son ami journaliste est assassiné par les miliciens du pouvoir, les tontons macoutes. Sans doute lui-même menacé, il est supplié par sa mère de partir en exil, comme son père avant lui.

    Commence alors une nuit de déambulation dans la ville. Une sorte de visite guidée, le tour d'adieu à un lieu auquel il est terriblement attaché et qu'il doit bientôt quitter, sans pouvoir le dire à personne. Chaque ami rencontré doit être traité comme s'il devait être revu le lendemain. Chaque étape, du bordel au bar, de la représentation d'Antigone par des étudiants au repaire des assassins est une occasion d'aborder l'histoire du pays, le régime politique ou l'aspiration de la jeunesse à pouvoir vivre sans que la dictature soit au centre de toutes les discussions.

    "Je suis simplement contre l'idée qu'il faut passer sa vie à toujours parler de la même chose : la dictature. Comme s'il n'existait que ce seul sujet de préoccupation. La pire prison est d'accepter cette limite."

    Fil rouge de ses pérégrinations, la femme. Les femmes. "La sainte ou la putain", comme il le dit lui-même. Je ne suis pas fan du discours sur les femmes dans le récit, mais rien de comparable avec P. Roth, alors comme j'ai déjà beaucoup râlé la dernière fois... Je m'en tiens là. En dehors de la distribution très idéalisée des images féminines, y compris celle de la mère, il y a de beaux passages.

    J'ai beaucoup aimé l'ombre de mythologie vaudoues, aussi.

    Conclusion, le rythme n'est pas trépidant mais l'intérêt est soutenu par la variété des lieux et des rencontres et par les réflexions du narrateur qui oscillent entre mémoire personnelle et considérations collectives. C'est presque un coup de coeur... Il ne doit pas manquer grand chose. Peut-être simplement une inclination plus spontanée chez moi pour les récits historiques. Un livre que je sais parfaitement à quel public conseiller, en tout cas.

    P.S. Je n'ai pas vu les oiseaux. C'était une métaphore ?

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  • Une amie qui vous veut du bien

    amie-prodigieuse-elena-ferrante.jpgL'amie prodigieuse, Elena Ferrante

    Italie, années 50, photo de couv qui évoque le passé... Aïe aïe aïe. Pourtant le petit mot à l'intérieur de mon exemplaire est tombé juste. Oui, en effet, j'aime les romans qui parlent d'amitié forte et d’ascenseur social. C'était bien vu !

    La narratrice, Lenu, décrit son enfance à Naples dans un quartier populaire et l'amitié particulière qu'elle noue avec Lila. Quand Lenu doit passer ses nuits à étudier pour s'en sortir à l'école, Lila survole le programme sans effort. Elle est plus curieuse, plus vive, plus courageuse, plus séduisante. Rien ne semble l'effrayer. Elle est brillante.

    C'est un personnage très ambigu, elle ne donne jamais les clés pour être comprise, il faut se contenter de la décoder à travers ses actes, qui ne jouent pas vraiment en sa faveur. C'est une amie tyrannique mais intense. Un point pour elle. Elle exerce une emprise terrible sur Lenu. 

    Lenu, qui ne sait que faire de sa fascination, qui s'affadit quand l'autre ne la tire pas vers le haut, me fait un peu mal au coeur. 

    Tandis que Lila, toute de rage et d'impulsivité, qui ne décolère pas d'être enfermée dans son milieu social, condamnée à n'être qu'une femme, jamais considérée à sa vraie valeur, me touche dans l'hostilité qui lui sert de défense.

    Je ne l'ai pas aimée, ou peut-être que si, beaucoup. Parce qu'elle me rappelle mes propres attachements. Je suis faite pour aimer des Lila qui brillent et me consumer dans la jalousie ensuite. Je ne suis pas Lenu, en raison de mon incapacité à fournir, contrairement à la narratrice, les efforts monstrueux pour se maintenir à niveau et rester digne d'être ne serait-ce que mise à l'épreuve.

    C'est la conclusion d'une discussion récente, d'ailleurs. Je suis méchamment envieuse... Sûrement pour ça que je n'ai pas pu piffrer la narratrice. Déjà elle s'en sort mieux que moi, elle y arrive, elle, à conserver l'estime de celle qu'elle admire. Et surtout... pffff... elle ne passe pas par ces sentiments moches, d'envie, de jalousie, de colère, qui nous abiment et qui nous font sentir minables ensuite. J'espère qu'elle va déchoir dans le volume suivant, tiens.

    L'autre atout du roman, c'est le quartier en lui même. La pauvreté, les rivalités, la misogynie qui sert de base à tout, la méfiance des parents devant cette lubie de faire des études, l'ascenseur social dont les portes ne s'ouvrent pas à l'étage attendu, l'évolution des métiers, l'intrusion douloureuse de la modernité.

    C'était un bon moment de lecture. La suite pour les ... les ... vacances !!! Avec le trône de fer, les misérables, un Karine Giebel, le dernier Jonathan Coe, peut-être la Cindy de ma femme, et Larispem T2 bien sûr. J'ai pas assez de slips propres mais pour les bouquins, la valise est déjà bouclée.

     

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