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Tale me more - Page 5

  • Slow motion

    fille-danse-julian-barnes.jpgUne fille, qui danse, Julian Barnes

    "Mais ce sont encore les yeux que nous regardons, n'est-ce pas?
    C'est là que nous avons trouvé l'autre personne et c'est là que nous la trouvons encore"

    Lu il y a déjà plus de trois semaines... Au moins, cette fois, le retard que je prends et l'inévitable oubli-express dans lequel le roman est déjà en train de sombrer seront en accord avec le thème du livre, qui traite de l'infidélité de la mémoire...

    Le narrateur est un homme âgé. Divorcé, il déjeune encore régulièrement avec son ex-femme, qui le materne. Un courrier de notaire sert d'élément déclencheur et le replonge dans ses souvenirs de jeunesse. Il hérite une petite somme d'argent d'une femme qu'il n'a rencontrée qu'une seule fois : la mère de sa première petite amie. 

    Pour comprendre cet étrange leg, il est amené à réveiller son passé. Tout le charme de ce roman tient à la façon dont nous épousons les mouvements de sa mémoire. D'abord il nous livre sa jeunesse, la bande de copains, l'arrivée de la jeune fille, les premiers baisers. L'impression, quand il est quitté pour son meilleur ami, d'avoir été berné, manipulé.

    Puis les souvenirs sont ré-examinés, confrontés à d'autres versions, à des preuves tirées du passé et le résultat est confondant.

    J'ai bien aimé. J'ai toujours été fascinée par la façon dont on modèle notre histoire personnelle à travers de puissants filtres qui adoucissent, occultent, augmentent les contrastes. Filtres dont le contrôle nous échappe bien souvent et qu'un autre témoin du même épisode, une photo, une lettre ou un radotage de mamie peuvent venir éclairer d'un jour nouveau. Ce qui peut être terrifiant.

     

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  • Oasis is good

    La 1002e nuit et les suivantes, collectif

    Est-ce que je n'ai pas toujours été là pour vous dénicher des livres incroyables ? Cette fois je fais encore plus fort avec une rareté, une exclusivité, le scoop des scoops, un livre certes publié, broché et diffusé mais que je vous mets au défi de vous procurer. Il est tellement rare qu'il n'est pas sur google et je l'ai déjà rendu à ma dealeuse en oubliant de prendre la couverture en photo. Tant pis. Vous ne venez pas ici pour regarder les images j'espère.

    Surtout que je prends tous les risques pour venir vous en parler ici sous mon identité secrète, car dans la vraie vie chaque minute de mon temps libre est scrutée par une non-voyante canadienne esclavagiste - que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam - qui confond "service rendu gracieusement" et "travaux forcés".

    J'échappe à sa dictature juste le temps de vous présenter la 1002e nuit. Les plus fines d'entre vous auront tout de suite fait le rapprochement avec la 1001e nuit et les précédentes, vous savez, celles de Shéhérazade etc. Bon. Avouons de suite, j'ai jamais lu ça. 

    Mais ... j'ai vu l'Aladdin de Disney plus de quarante fois et je peux vous chanter la chanson du génie ! Et vous dire ce que j'ai toujours imaginé des contes de Shéhérazade : un prétexte pour éviter de se faire tripoter par un sultan vicieux. Quand je pense que je viens de me faire spoiler par des gosses... paraît qu'à la fin elle l'épouse ! Tsss... écrit par un mec ça encore. Je la plains la pauvre. Et je me demande si je dois porter plainte contre l'éducation nationale pour avoir laissé commettre une suite.

    Ah j'ai peut-être oublié dans la bataille de signaler que ce recueil est l’œuvre d'une classe de 5e. Je n'ai pas perdu tout mon réseau, on a encore l'amabilité de me prêter des livres qui m'évoquent le supplice des corrections de copies de rédaction.

    Dès le 3e conte, j'ai identifié la démarche pédagogique. Visiblement, ça a commencé par la lecture des 1001 nuits et la production d'une fiche de vocabulaire, à réutiliser au moment de l'écriture. Les plus indigentes se sont fendues d'une paire de babouches ou d'un chameau. Les obéissantes-appliquées d'un détour par les souks de Bagdad. Et les premières de la classe de spécimens de la faune locale inconnus de nos latitudes, de petites villes orientales aujourd'hui disparues et autres subtiles éruditions.

    Ensuite j'ai fait tomber mon marque-page et j'ai été incapable de m'y retrouver... rien ne ressemble tant à un conte où un jeune garçon part en quête du remède pour soigner sa mère malade et coupe la tête d'un mauvais génie pour récolter des plumes de phénix qu'un conte où une fille se découvre une jumelle inconnue et part à sa recherche en résolvant au passage des énigmes ou qu'un autre où une sœur part à la recherche de sa jumelle pour trancher le cou de leur mère malade après avoir mangé un phénix qui posait trop d'énigmes. Celle-ci est peut-être de mon cru.

    Ce qui est sûr, c'est qu'il y avait quelque part des listes. De personnages. D'éléments déclencheurs. De quêtes type. D'opposants. Et qu'il fallait piocher dans chaque liste. 

    C'était aussi très participatif comme œuvre. Il y avait des QR code à scanner pour entendre la version audio des contes lus par les enfants.

    Voilà. Vous l'aurez compris, je suis méchante par nature, mais c'était quand même choupi.

     

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  • Croquer et être croqué

    d%2527un%2Btrait%2Bde%2Bfusain.jpgD'un trait de fusain, Cathy Ytak

    Difficile en lisant ce roman de ne pas penser au film 120 battements par minute vu l'année dernière et à l'incroyable silence qui a suivi la projection. A peine quelques murmures quand les spectateurs ont commencé à sortir. Je m'étais sentie honteuse d'être si inculte.

    Avec le film comme avec ce roman jeunesse, j'ai replongé dans une époque. En partie parce que ces oeuvres ont soigné le contexte et ont su retracer les premiers combats des malades ou encore la naissance d'Act Up. Tout récit historique réussi donne cette impression de visiter un coin du passé.

    Mais il y a autre chose. Je suis née dans ces fameuses années sida. J'ai souvenir de ma mère, m'incitant à regarder des téléfilms sur ce thème. Sur le cancer, aussi, tiens, quand j'y pense. Ce sont des souvenirs très partiels, mais j'ai l'impression qu'elle m'a inculqué quelque chose du genre "ne pas avoir peur des séropositifs". C'était sûrement un thème qui lui tenait à coeur.

    J'ai l'impression d'avoir été bien informée au collège et au lycée mais c'est logique, on était déjà loin du début de l'épidémie. Plus tard, j'ai lu les pages infos sida de Têtu. C'était il y a presque vingt ans...

    C'est comme si le thème avait fait partie de mon quotidien, il y a très longtemps. Qu'il y avait toujours à la télé un mec séropo et quand ses collègues l'apprenaient ils ne voulaient plus partager les mêmes toilettes... Puis c'est devenu un savoir scolaire. Puis j'ai été amoureuse, souvent négligente. Me suis-je jamais sentie réellement concernée ?

    Dans 120 battements qui s'adresse à un public d'adulte, la tonalité politique m'a beaucoup plu. L'engagement, l'hommage rendu aux militants. Certaines scènes se font écho du film au livre.

    Dans un trait de fusain, le récit est un peu moins politisé, mais tout aussi émouvant. Ce sont presque des enfants qui sont touchés, ils sont étudiants en art, touchent les corps nus des yeux et du crayon avant de pouvoir y joindre les mains. Ils et elles sont hétéro ou homosexuel·le·s. Confrontés à une maladie dont on ne sait pas grand chose et dont on parle encore moins, ils vont réagir chacun à leur façon, avec plus ou moins d'empathie, de militantisme, de courage et de peur.

    Et ils vont mourir et voir mourir.

    A placer sans hésiter dans les mains de la nouvelle génération.

    Lire aussi : l'avis de Solessor

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  • Héroïne de grand chemin

    ames-croisees-bottero.jpgLes âmes croisées, Pierre Bottero

    Guidée par Solessor, je poursuis mon initiation à la littérature jeunesse contemporaine, avec un auteur dont j'avais beaucoup entendu parler et rien lu. Je savais quand même qu'il était décédé. Mais j'ignorais, en m'engageant verbalement - ce qui vaut pour moi un contrat devant notaire - à lire Les âmes croisées que c'était comme par hasard cette série-là qui était restée en rade et n'aurait jamais de fin! C'est moche, ça, Sol', c'est très moche. Mais moindre mal, j'ai été prévenue à temps et je me suis préparée.

    La société imaginée par Bottero est divisée en deux, un peu à la manière féodale, avec d'un côté les Perles privilégiés, d'un autre les Cendres, qui obéissent et travaillent. Nawel, jeune fille née dans la frange noble, est sur le point d'émettre son vœu pour intégrer l'une des castes réservées aux perles. Mais un drame va remettre en question toute l'éducation reçue jusqu'ici et lui faire reconsidérer l'organisation sociale de sa cité et la place qu'elle souhaite y tenir.

    Le récit mêle la magie à la science-fiction, un mystère entoure des d'objets liés à une civilisation disparue mais très en avance technologiquement. 

    Rupture familiale et émancipation, amitié, intégration à un nouveau groupe, soif d'aventure, courage, persévérance... ce roman initiatique, classique mais efficace, traite agréablement des thèmes liés à l'adolescence et au passage à l'âge adulte. Ma préférence personnelle va au traitement de la figure du monstre / du barbare.

    Petite pensée pour l'héroïne, coincée à tout jamais dans les couloirs de l'imagination.

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  • Sous exposé

    jonathan Coe, expo 58, couvertureExpo 58, Jonathan Coe

    C'était mon avant dernier Jonathan Coe ! Longue vie à toi et dépêche-toi de publier le suivant mon gars...

    Il n'était malheureusement pas terrible. Je n'y ai pas retrouvé les ingrédients qui fonctionnent d'habitude sur moi, peut-être. Il y avait moins d'humour, moins de mystère, moins de politique. Ou plutôt le thème politique était celui de la guerre froide et de l'espionnage. Et on sait ce que j'en pense.

    Même si le fonctionnaire un peu terne qui est dépoté de son bureau pour être rempoté à Bruxelles n'a rien du James Bond et que le roman joue énormément sur les codes du roman d'espionnage, ce n'est pas franchement une parodie. Ce n'est pas assez amusant pour ça.

    En résumé, on choisit un type moyen, rédacteur de brochures d'information pour le gouvernement, jeune père de famille et on l'expédie superviser les installations britanniques à l'exposition universelle de Bruxelles. Cette expo a réellement eu lieu en 1958 et comme toujours chez Jonathan Coe, c'est parfaitement documenté. L'époque est bien rendue ainsi que la rivalité avec les soviétiques. J'ai perçu l'Atomium autrement.

    Quant à notre bon père de famille, les jeunes hôtesses de l'expo lui tournent un peu la tête, ainsi que ses fréquentations russophones et la présence des Dupont et Dupond en imperméable, qui ne se cachent guère de faire mettre sa femme sur écoute et de le suivre de près. On a plus qu'à attendre pour savoir s'il va devenir un héros sexy et libéré ou le dindon de la farce.

    Hmm, tiens, à me relire, je ne le présente pas si mal. C'est quand même un roman écrit par un de mes auteurs préférés. Le bas de son échelle est le haut de beaucoup d'autres.

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