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Tale me more

  • Litigém

    larispem, pierrat pajot, jeu du siècle, steampunkLes mystères de Larispem, Les jeux du siècle (T2)
    Lucie Pierrat-Pajot

    Pas grand chose à dire sur cette suite. Le garçon vient s'ajouter au duo des deux jeunes filles et entre secrets et ambitions personnelles, les positions des différents protagonistes s'affirment. C'est beaucoup plus lent que le T1 qui m'avait vraiment plu - forcément, ça n'a plus l'attrait de la nouveauté. Je m'attendais à profiter davantage du grand jeu de l'oie, je suis restée un peu sur ma faim. Parce qu'il part avec un confortable capital sympathie, je vais conclure que c'est un tome en demi-teinte, pour faire grimper les enchères. Il va me falloir un final vraiment à la hauteur !

    A suivre, donc...

     

     

     

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  • Un brin de Causette

    il en reste bien encore assez des miserables,victor hugo, chemin de traverse, morne plaineLes misérables - Tome II : Cosette, Victor Hugo

    Ceci est la suite de l'article que je n'ai pas écrit sur le premier tome. Ce qui compte, c'est que j'ai tout de même fini par me lancer dans la lecture de ce monument de la littérature française et que je compte bien en venir à bout dans l'année.

    Au terme de cette seconde étape, j'en suis à peu près au même point qu'après la première : pas convaincue, pas non plus déçue. C'est un roman dont je pense qu'il serait difficile de copier le modèle aujourd'hui. C'est très dense, bourré de références érudites ou au contraire de clins d'oeil à des souvenirs privés. Il n'y a rien de plus pénible que les notes de bas de page sur une liseuse. Et comme je n'arrive pas à ne pas aller les lire toutes, je passe des plombes à tenter de cliquer sur le lien qui me ramènera à la bonne page... Tout ça pour des éclaircissements qui n'en sont pas.

    Le récit en lui-même continue de se résumer à une poignée de pages perdues au milieu de digressions de la taille d'un baleineau. Ou bien peut-être le roman est-il une sorte de caillou dans la chaussure, un truc dont on se débarrasse vite fait. Un mal nécessaire pour coudre ensemble de longues réflexions sur des thèmes variés.

    Je ne me plains pas. Je remarque. D'ailleurs je tiens à préciser que je reste sous le charme du personnage qui occupait tout le premier livre, Mgr Myriel, l'évêque. Il n'y a qu'ainsi, par la charité, le don de soi, que je peux concevoir la religion. Ce portrait était sublime et reste pour l'instant inégalé. Je n'ai pas été aussi séduite par les deux gros morceaux de ce volume-ci, la bataille de Waterloo - je n'ai jamais aimé l'histoire. Trop de dates. - ni les considérations sur la vie monacale.

    En revanche je me souviens d'un moment où j'ai été étranglée par l'émotion. C'était un jeudi soir, je rentrais à pied, il faisait nuit et sombre. Je lisais ce passage où Cosette se réfugie sous la table de l'auberge. Et celui où elle regarde la poupée, regarde jouer les petites filles chéries de la maison...

    Là, je me rends, c'est impossible de rester de marbre... c'est presque un coup bas de jouer ainsi avec mes sentiments. ça tient à ça,  un chef d'oeuvre ? A quelques pointes sublimes et inoubliables? Si vous avez une idée sur la question, ou souhaitez partager vos propres souvenirs de l'oeuvre, allez-y.

    Avant hier, j'écoutais d'une oreille un reportage, une jeune fille d'une vingtaine d'années qui racontait son enfance dans un quartier pauvre de Marseille. La décrépitude du logement, les moisissures, les rats, les cafards, le froid, l'absence de place pour faire ses devoirs et l'obligation de se replier dans les toilettes pour trouver un peu de calme. Et en plus de cela, impossible à contenir, à soigner, stigmatisante, la teigne.

     

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  • Soeur Patience

    frangine marion brunetFrangine, Marion Brunet

    Il n'y aura pas cette année d'enquête estivale au bord des piscines. En éclaireuses, début mai, nous avons eu tout le bassin rien que pour nous mais point de lecteur ni de lectrice à l'horizon. 

    A défaut, le mieux que je puisse vous offrir est une enquête sociologique : nous avons noté de nets progrès dans la prise en compte par les messieurs de la pénibilité des tâches assignées aux femmes. Ainsi, juste en face de notre emplacement, un mari qui avait déjà fait sa part en assurant la surveillance de leur petit-fils d'une dizaine d'années pendant que madame se chargeait de faire les courses a eu cette remarque, à son retour, pleine d'attention : "on va s'éloigner un peu pour la pétanque, pour pas te gêner pendant que tu fais le ménage".

    Voilà. Vous avez eu les (la seule) anecdotes et, la semaine dernière, l'article sur mon coup de cœur. Si ça se trouve, vous gagneriez à zapper les six prochains billets vacances et à revenir dans un mois. Mais ce ne serait pas bon pour mon égo. Alors pour vous garder une minute et douze secondes de plus, si vous voulez, on peut parler lecture. Encore...

    Lisez lentement, quand même, je n'ai trop rien à dire.

    Frangine. Avec un titre et une couverture pareille vous vous doutez que je l'ai pris dans la pile de ma moitié. Il parlait de famille homoparentale et juste après un coup de cœur, pour ne pas griller une cartouche, il ne faut pas se précipiter sur un roman dont on attend trop. J'ai eu du pif.

    Le frangin, qui est lui-même passé plutôt bien entre les gouttes, raconte l'arrivée au lycée de sa petite sœur et l'enfer qu'elle vit - ce dont il n'a pas conscience - quand ses camarades apprennent qu'elle a deux mères.

    Montrer que les problèmes de couple et les interrogations sur la bonne façon d'élever des enfants sont identiques quel que soit le modèle familial, c'était bien. Je vous laisse lire ce qu'en dit Solessor, sinon je vais pomper tout mon article sur le sien. Profitez-en pour lire aussi son dernier article, j'ai enfin réussi à lui faire découvrir Winterson !

    J'ajoute simplement qu'une fois écartée cette problématique de l'homoparentalité, traitée avec beaucoup de réalisme, le roman contenait un autre message un peu inhabituel, à propos du statut de la victime et de sa capacité à toucher le fond toute seule dans son coin, même si l'entourage est aveugle et à trouver des ressources en elle-même pour rebondir. Je ne sais pas trop ce qu'il faut penser de la méthode. Parfois oui. Parfois ça finit mal, non ?

    Enfin ce n'est pas présenté du tout comme une méthode, bien sûr !! C'est une impression personnelle et diffuse. En tout cas j'ai senti qu'à un moment, les lesbiennes de mères n'étaient plus qu'un thème secondaire et que le coeur du sujet n'était peut-être pas où j'avais pensé le trouver au départ.

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  • Le lion au corps

    la lune est à nous, cindy van wilder, mieux que la coke, LGBTQQI2SAAP, le lion au corps, une locomotive dont le confucteur est pas en grèveLa lune est à nous, Cindy Van Wilder

    Le titre me plaît énormément, il est à l'image du roman, plein de mordant et d'assurance. Pour l'avoir rencontrée à l'occasion d'un petit salon de l'imaginaire, où les auteur.e.s étaient particulièrement accessibles, je sais qu'il est aussi à l'image de son auteure. Même sans lui parler directement, j'ai senti chez C. Van Wilder le même rayonnement bienveillant.

    Etre ado, être gros.se et s'en prendre plein la tronche, voici le coeur de ce roman jeunesse, décliné au féminin avec Olivia, qui s'épanouit au travers de son blog jusqu'à ce qu'un connard déclenche une tempête, et au masculin avec Max, complexé, qui doit faire face au divorce de ses parents et à un déménagement imposé en Belgique.

    C'est un tour de force d'obtenir un texte aussi cohérent en abordant tout ce qui peut faire souffrir : cyber harcèlement, grossophobie, homophobie, non représentation des personnes racisées dans les médias, la culture, le marketing, sexisme, conflit avec les parents, pression des réseaux sociaux, adoption...

    J'ai aimé l'analyse de la portée des réseaux sociaux et des moteurs de recherches, qui sont à la fois des algorithmes insensibles qui conduisent au formatage des contenus et à l'hyper-exposition des stéréotypes mais aussi le lieu où trouver des représentant·es, des modèles, des groupes communautaires et du soutien quand on appartient à une minorité ou qu'on est isolé·e.

    Si le roman soulève tout ce qui peut faire mal, c'est pour nous inonder ensuite de baume. Il est beaucoup question d'amitié et d'amour. Et pour une fois, personne n'est oublié, on s'aventure même un peu au delà des deux premières lettres de LGBTI. Ça fait un bien fou.

    J'ai été profondément émue. Ce livre ne rouvre pourtant pas chez moi des cicatrices d'adolescence. J'étais alors quelconque, cisgenre, blanche, lunettes, appareil dentaire, cheveux longs raides et moches, je n'ai jamais été particulièrement moquée ni embêtée. Ce que le livre chatouille ou grattouille, c'est plutôt mon identité d'adulte, mal sortie de son cocon, le conflit larvé qui m'oppose à mon corps, le mec aviné à Lorient qui m'a abordé dans la rue pour me demander si j'étais "lesbienne ou quelque chose comme ça", qui m'a fait peur et auquel je n'ai rien su répondre d'intelligent. Ma position incertaine sur tout un tas d'échiquiers, quand je ronchonne contre mes semblables, mon hésitation entre repli résigné et combativité. Savoir lâcher même dans ces moments où on se sent comme perfusé d'énergie, parce que le combat n'a pas vocation à être emporté. Savoir au contraire dénicher un peu d'enthousiasme pour raviver une journée morose...

    Ce livre en est une, de perfusion d'enthousiasme. C'est un roman lumineux, humaniste, plein de peps, qui invite à l'amour, à l'amitié, à la solidarité et à la lutte.
    La lune est à nous. A nous.

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  • A se taper la tête contre les murs

    mauvaise pioche,tête la première dans la fissure,sens dessus dessous, sous béton, karoline georgesSous béton, Karoline Georges

    Le voilà, mon ovni de l'année ! J'espère que ce ne sera pas le premier d'une invasion. En général avec la SF, je décroche avec les paradoxes temporels,  les machins alambiqués, incompréhensibles, où il faut dix pages de notes pour s'y retrouver. Cette fois, j'ai tout compris, dans ce livre, à part... ce qu'il veut nous dire. Mais je n'ai pas aimé. Mais comme je pense que ça n'était pas conçu pour être aimé, sinon on y met des chatons, ou des pandas, ou des scènes de sexe... Tout va peut-être pour le mieux. 

    L'enfant est enfermé avec le père et la mère dans un espace très restreint, sans fenêtre, dans une tour qui compte peut-être des milliers d'étages et de logements identiques. A l'extérieur, on dit que les gens s'entretuent. Que la tour est le seul endroit qui reste pour vivre. Le père est violent, la mère émotionnellement instable. Les tâches répétées à l'infini. Manger les nutriments, s'abrutir de cachets. Appuyer sur des boutons. Dormir. Torpeur, violence, absence de sens à l'existence. Ne pas poser de questions.

    Ce livre est lancinant. Page après page, les mêmes propos ressassés en boucle, quasi dans les mêmes termes. Une logique de l'enfermement qui se ressent dans l'écriture, au point que j'ai eu l'impression d'être en apnée et devoir le finir vite, très vite, en laissant mes yeux courir à fond sur les lignes sans jamais m'attarder.

    C'est violent, hyper sombre, sans mouvement vers une résolution. Ce livre est un marteau-piqueur.

    "Peu importait les démangeaisons, précisait la mère, un doigt appuyé sur mon front, j'allais assurer répétition jusqu'à putréfaction. Et je retenais alors respiration, réflexion, déglutition, la posture atrophiée par l'appréhension."

    Lien permanent Catégories : Morgue 0 commentaire