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Psychiatrie - Page 2

  • Mini série estivale : La force de vivre #0 - Introduction

    Merci Jeanne de m'avoir soufflé ce thème, il me manquait un fil rouge cette année, de quoi me dérouiller l'esprit et de la diversité dans ma pile pour les vacances qui est prête deux mois avant l'heure. J'avais plutôt misé sur humour, aventure et légèreté pour cet été. Mais je fais déjà ça tous les étés.

    La force de vivre, c'est le thème des prépas pour l'année prochaine. Je crois bien que j'avais terminé mes études, ou au moins que j'étais à la fac quand j'ai entendu parler des classes prépa. Je veux voir ce qu'on y lit, à défaut d'avoir accès à ce qu'on y enseigne. Et puis c'est une liste. Une petite liste de petits livres. Nietzsche à glisser entre Pratchett et le Trône de fer. 

    Je ne pouvais pas résister à un thème comme celui-ci. Je ne sais pas qui choisit, mais ils ont dû bien rigoler pendant le brainstorming :

    " Et si on leur faisait un lot mort, dépression et pensées suicidaires ?
    - Ah oui ! apocalypse, memento mori, vanités et tout ça... bien fait pour ces petits insouciants de 20 ans. (Et les moins jeunes qui vont l'enseigner?)
    - Parfait. On va juste revoir un peu le titre par contre... "

    Vous ne m'ôterez pas de l'idée qu'il y a du sarcasme dans la formulation de ce thème, car s'il y a bien une chose qui ne nécessite pas spécialement d'effort (force / effort j'ignore s'il y a un lien étymologique, mais ça pourrait), c'est de vivre. ça arrive sans qu'on ait rien demandé. ça se poursuit de façon instinctive. En général il faut plutôt se donner du mal, moralement ou physiquement pour y mettre fin.

    Je vois la vie comme un état plutôt naturel de stabilité, auquel tout ramène. Détruisez tout, brûlez tout, attendez un peu et les tardigrades et les fourmis seront bientôt de retour. Voire ne seront jamais partis. La vie est le système au repos et les forces, en physique, sont des entités qui viennent perturber cette stabilité.

    Toutefois, je reconnais que l'animal humain est particulier. Il est conscient de la mort. La conscience rend ce qui était jusque-là instinctif inutilement compliqué. L'être humain est le Picasso de l'art de la prise de tête. D'autant qu'ironiquement, une bonne part de ce qui vient pourrir (l'envie de / la capacité à) vivre de l'espèce est de son propre fait : inégalités sociales et économiques, catastrophes industrielles, armes biologiques, pollution, harcèlement, violences. Très peu nombreux sont les cadres de France Télécom à avoir été dévorés par des tigres.

    Si vous n'avez plus la force de vivre, quelque chose ou quelqu'un vous l'a ôtée. Si c'est accidentel, patientez un peu, ça va revenir. Si c'est sciemment et avec l'idée que ça devrait durer, alors ce quelqu'un va aussi vouloir éviter une paire de baffes en retour quand vous aurez identifié le coupable. Pour l'éviter il peut alors tenter de vous faire penser :  qu'il n'y a pas de problème ou que le problème vient de vous ou que ça n'est pas un problème mais une chance unique de vous dépasser. 

    Je vois donc deux choses que l'on peut déguiser sous cette appellation de "force de vivre" :

    1. Les efforts que nous déployons pour éviter de penser qu'on va mourir ou souffrir durablement.

    Appétence limitée pour les questionnements sérieux, surdité aux problèmes, mise en tête de gondole du carpe diem. Il faut bien toute cette expérience maturée au fil des siècles pour jouer sereinement à colin-maillard au bord du précipice écologique.

    2. Quand on arrive à court d'imagination en 1. et que ça devient trop imminent ou flagrant, les stratégies de manipulations qui visent à nous faire penser que cela sert une noble cause.

    Le religion fait ça très bien. Et à ses trousses tout un tas de petits concepts qui ont fait leurs preuves. L'héroïsme, l'abnégation, le sens du devoir ou de la patrie, bien utiles pour tirer contre un autre gars qui ne nous a rien fait personnellement, aller sans masque soigner des maladies mortelles, ou pomper de l'eau avec un petit seau à Fukushima. Et la liste peut s'allonger. La parentalité, par exemple, est un ressort connu quand on veut convaincre quelqu'un de continuer un peu sur un chemin merdique : "pense à tes gosses". (directement plagié en "bien de l'élève" par l'éducation nationale pour faire faire à ses enseignant·es tout un tas de trucs gratos en dehors de leur V.S.)

    J'ai donc fort hâte de voir ce qu'on vend sous cette appellation qui me semble trop souvent apparentée à de la vente d'air en flacon ou à de la manipulation. Si l'idée était de parler de bonheur de vivre, de prairies ensoleillée et de pensée positive, il fallait mettre Gounelle et psychologie magazine dans le corpus. 

    Je vois d'avance le point faible de ma position actuelle. C'est Hugo. Hugo qui a perdu sa fille - je ne spoile personne il a la fille morte la plus célèbre de l'Histoire... Ah ah, Sound ! Et là, il n'en faut pas de la véritable force de vivre, pour surmonter la perte d'une personne aimée ? Tu la vois venir, l'écriture salvatrice ? Tu peux aussi faire la maligne avec ça et dire que tu n'y crois ?

    - ...

     

    Voilà pour l'état des lieux avant les lectures. Au boulot, moi !

     

     

     

  • Certains escaliers ne font que descendre

    magnifique roman qui décroche paradoxalement le titre de pire lecture de ma vie,mère dépressive,misère,enfants,stupeur et effondrementBord de mer, Véronique Olmi

    ça me fait tout bizarre de repenser à cette lecture... Comme si elle n'avait pas eu lieu. Si vous avez vécu une période de profonde dépression, vous comprendrez peut-être. Quand on en sort, tout ce qui est arrivé est brumeux et s'efface. Comme si l'épisode était trop sombre pour qu'on en conserve le souvenir. On regarde en arrière, on sait que c'est arrivé, mais on ne peut plus "vivre" l'émotion. Elle a disparu.

    C'était horrible, je n'ai pas d'autre mot. Infiniment triste, d'un bout à l'autre. Cette femme seule avec ses deux petits garçons, qui utilise ses derniers sous pour leur faire voir la mer. L'hôtel miteux, le 6e étage sans ascenseur, la pluie. L'innocence des enfants. Et elle, à bout, à bout de tout, à bout d'argent, de courage, d'espoir. Et cette fin...

    Je n'ai jamais été traumatisée par un livre comme par celui-ci. Jamais. Jamais. Et j'espère bien que ça n'arrivera plus. Je n'ai pas seulement pleuré, comme ça m'arrive parfois. J'ai souffert. La misère, c'est un truc qui me retourne le cœur.  Traumatisée. C'est vraiment le terme. J'en ai été malade.  Des larmes irrépressibles, l'impossibilité pendant de longues minutes de parler... Un véritable état de choc. Violente expérience...

    En général, une lecture d'une telle intensité passe dans mes coups de coeur mais là je me demande vraiment si je peux le recommander.

  • Voeux deux

    Si vous vous accrochez à cette année parce qu'elle a été plus sympa que la moyenne.

    Si vous avez dû prendre sur vous pour fêter Noël avec des inconnus mais survécu à l'épreuve.
    Si vous avez dû prendre sur vous pour fêter Noël avec des inconnus (mais pour d'autres raisons).

    Si vous avez torpillé une tarte au citron et que vous êtes passée à un cheveu, mais vraiment un cheveu de réussir votre tour de carte.

    Si vous avez troqué Kiki le yorkshire de l'épisode 1 contre un chat qui a fait tomber le sapin, enfin!  il a pris son temps tout le monde n'attendait que ça depuis une heure !

    Si vous avez échappé à la gastro cette fois, mais quand même rien pu manger.

    Si vous avez reçu en cadeau un chou vert frisé (oui, un vrai) et abondamment remercié comme il se doit sans trop savoir ce que vous deviez en faire.

    Si vous avez rampé jusque sous le drap housse et dérangé pour ce faire un baba au rhum déjà bien imbibé.

    Si personne cette année n'a envoyé de sms à ses ex, parce que la sangria est beaucoup moins forte que le rhum et que de toute façon, vous avez déjà donné leurs prénoms à vos enfants.

    Si le père Noël vous a dotée d'une paire de chaussons moon-boot roses mais que vous osez quand même les porter parce que c'est chaud, mais jamais en public.

    Si vous avez tenu des propos homophobes, racistes, politiquement incorrects et à très fort contenu sexuel et apprécié l'expérience.

    Si vous attendiez avant-hier la suite de mes supers vœux, parce que ce sont les plus chouettes... alors, avec les excuses de la maison pour le retard:

    Un très joyeux Noël à vous !

     (Et n'hésitez pas à ajouter à la liste votre propre expérience)

     

  • Ciel leur mari !

    c'était obligé le titre en anglais?,se bonifie avec le temps,rebecca lighieri,husbandHusbands, Rebecca Lighieri

    Je vous sous-titre la v.o. pourtant française : c'est une histoire de maris. Un beaux tas de cons qui rendraient n'importe quelle nana un peu sensée lesbienne dans la minute. Non que j'aie quelque chose contre les conversions, mais à partir du moment où le pape trouve ça à la mode, par principe, je vais m'opposer.

    C'est effrayant d'ouvrir un roman et de devoir supporter pendant des dizaines de pages la vulgarité de mecs qui ont la cervelle placée de telle façon que leurs oreilles ressemblent à s'y méprendre à des testicules... Si la majorité des hommes ressemblait à ces types pour qui le summum de la sexualité consiste à taper comme des brutes au fond des vagins - alors que même au foot, le franchissement de la ligne suffit - il y aurait des files d'attente devant les couvents. Dieu sait ce que ces dames manqueraient !

    "C'est pas Dieu qui va te fourrer sa grosse bite au fond de la chatte ! Parce que je te connais Delphine, je te connais mieux que tu ne te connais toi-même : en matière de cul, tu as de gros besoins".

    Je suis restée furax un bon moment... Mea culpa. Je me suis un peu calmée par la suite (bien après le milieu - finalement, parfois, ça a du bon d'aller au fond des choses). Après tout, ce n'est pas un panel d'étude sociologique. Ni le manuel du cours de virilité. C'est peut-être juste un roman et il faut que je me calme.
    Alors l'idée est-elle de nous apprendre à distinguer le vrai salaud pathologique du salaud accidentel et du salaud par dépit? Hmmm quand même... Si je devais relire Les garçons de l'été, j'aurais un regard différent sur la vigueur des beach boys.

    Revenons à nos husbands. Ils sont trois et se rencontrent sur un forum candauliste. Les candaulistes, ce sont un peu des écologistes. Vous savez, ces forums où l'on met à disposition des voisins la tondeuse, le fer à friser ou l'appareil à raclette, parce que chacun possède un exemplaire d'un appareil qui ne sert réellement que cinq heures par an ? (un peu plus pour la tondeuse, mais le calcul de la moyenne est plus complexe car il faut prendre en compte la surface des terrains). Les candaulistes c'est tout pareil, sauf que c'est leur femme qu'ils proposent entre deux périodes où ils en ont l'usage pour la cuisine, le décorum, taper dessus ou dedans, ou pour gagner de l'argent.

    [ Aparté : si vous avez déjà attaqué l'écologisme par un des bouts suivants : usage répété du quinoa, couches lavables, toilettes sèches, café équitable, je serais vous, je me méfierais de l'historique de navigation de mon conjoint... ]

    Tous trois sont donc dans une mauvaise passe.
    Le gentil qui a épousé une fée du logis : Sa déesse du ménage a une liaison + une relation contre-nature avec son congélateur.
    Le vieux qui a épousé une jeune et l'a modelée à ses goûts à coups de bistouri: Sa gourde aux oeufs d'or commence à exprimer des velléités d'émancipation.
    Le racaille des banlieues qui a épousé une aristo : Sa bourgeoise lui fait sentir qu'il n'est qu'un raté mal dégrossi.

    En résumé : leurs femmes ne filent plus aussi droit qu'avant et il faut qu'elles payent, ces putes. (J'ai fait une autre moyenne, celle des termes qu'ils emploient pour parler de leur moitié). C'est là que commence le thriller.

    Petite précision, les trois maris prennent tour à tour la parole à la première personne. Toute notre génération semble définitivement incapable de faire l'effort de se projeter dans un personnage s'il ne dit pas "je".

    Saurez-vous rendre à chaque Prince Charmant ce qui lui appartient ?

    "Parfois, le seul son de la voix, son articulation précise et maniérée, ses formules pompeuses, la dignité affectée avec laquelle elle se déplace, tout cela me donne envie de la cogner, comme la pute qu'elle est au fond."

    "Je sais y faire avec Lauriane, je sais comment la persuader qu'elle prend des décisions alors que je les prends pour elle."

    "La mienne est déjà une pute. Pas besoin que je la pousse dans les bras d'un autre. Elle s'y est déjà vautrée et pour autant que je sache, elle continue".

    Une fois rassurée sur que le fait qu'à partir d'un même point de départ, certains allaient un peu retrouver leurs esprits, j'ai su apprécier (je lui ai mis 15 sur Livraddict??) ce thriller surprenant. Il faudrait que j'aille voir ce que l'auteure écrit sous son vrai nom... ça pourrait être rigolo.

    Bonne route si vous entamez la tournée pour les fêtes!  

  • Nouvelles qui battent la campagne

    ogawa-piscine-abeille-grossesse.jpgLa piscine - Les abeilles - La grossesse, Yôko Ogawa

    C'est vraiment (!??) la littérature japonaise... Ma dernière tentative ce devait être 1Q84 de Murakami. J'ai tout oublié de l'histoire ainsi que de la fin, peut-être que ça vaudrait le coup de relire la série un jour... mais j'en garde un bon souvenir! 

    Là c'est le cran au-dessus en matière de bizarroïdeté... J'ai l'impression que le but ultime de tous les romans japonais est de me déstabiliser et de me faire surveiller mes livres du coin de l’œil au cas où il leur prendrait l'envie de se transformer en sushis. Ce sont toujours des ovnis... Un de mes collègues utilise régulièrement l'adjectif "malaisant" (qui cause une impression désagréable, un malaise) et j'ai remarqué qu'il en a déjà contaminé d'autres. Wikipédia confirme l'existence du mot en dehors de notre bureau. Il colle bien à ces nouvelles. 

    Pour revenir aux romans japonais, soit j'ai la poisse quand je les choisis, soit les japonais ne lisent que des romans psychédéliques et n'ont rien de plus banal ou de réaliste, rien de simple, pas de Musso, pas de Thilliez. ça doit être dur.  

    De la même auteure, j'ai lu il y a quelques années Le musée du silence. C'était déjà assez original ! Mais chouette. D'où sans doute cet achat ancien... j'ai l'impression d'avoir traîné ce recueil de nouvelles d'un déménagement à l'autre depuis des lustres. 

    La piscine : une fille de directeur d'orphelinat craque pour un des pensionnaires et va régulièrement le mater pendant qu'il plonge à la piscine. Et il se passe des trucs flippants.

    Les abeilles : une femme au foyer esseulée aide un cousin étudiant à se loger dans une sorte de pension qu'elle a elle-même occupée autrefois, dirigée par un type sans bras ni jambes (j'exagère, il lui en reste un peu). Et il se passe des trucs flippants.

    La grossesse : Le moins bon des trois récits à mon goût, une femme tient le journal de la grossesse de sa soeur. Il se passe probablement des choses louches aussi mais sûrement moins, sinon je m'en souviendrais mieux.

    Je groumpf mais au fond, j'aime bien être un peu malmenée et malaisée.