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Urgences

  • Sot l'y graisse*

    drôle, conjuration,imbécile, tooleLa conjuration des imbéciles, J.K. Toole

    Nouvelle-Orléans, années 60. Ignatius Reilly, homme adulte ayant suivi des études aussi longues que possible, vit cloîtré chez sa mère, dans sa piaule malodorante. Dédaigneux, colérique, égoïste, réactionnaire, persuadé d'être un génie méconnu, il a un avis critique sur tout, de nombreuses névroses, fait une fixation sur le fonctionnement de son système digestif et a toutes les apparences de sérieux blocages sexuels. Son existence consiste à écrire rageusement dans des cahiers et à se goinfrer. Alors lorsqu'une dette contractée par sa mère le contraint à se chercher un boulot, croyez bien qu'il va y mettre toute la mauvaise volonté possible. 

    C'est toujours délicat, un roman dont le personnage central est détestable. J'ai déjà changé plusieurs fois la catégorie de cet article, qui était au départ dans les urgences (les coups de coeur) et puis je l'en ai ôté, je ne sais pas bien pourquoi. Et ce soir, allez, je l'y remets. Je n'identifie pas bien ce qui me fait hésiter car j'ai ri plusieurs fois et je trouve qu'il y a quelque chose du chef d’œuvre dans la galerie de personnages secondaires (la mère bien sûr, les pantalons Levy, le night-club pitoyable) . L'écriture ne m'ayant pas déçue non plus... c'est quoi mon problème, en fait ? C'était très bien.

     

    * Je n'aime pas préciser dans mes articles que les personnages sont obèses. Néanmoins je ne veux pas être accusée d'un titre incompréhensible.

     

     

     

     

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  • L'oiseau de malheur

    chardonneret-tartt.jpgLe chardonneret, Donna Tartt

    Les histoires de drogue m'angoissent. Sans doute qu'à certains moments j'ai renâclé à ouvrir le roman à cause de ça, opté pour une autre de mes lectures parallèles. Sans en être le thème, c'est un axe central de ce récit initiatique. Ce n'est pas la première fois que je remarque que quand ça tourne mal pour un personnage auquel je me suis attachée, soit il me faut dévorer les pages à toute vitesse, presque sans toucher les lignes, pour qu'il se sorte rapidement du pétrin - et gare à qui vient me déranger à ce moment-là, ou me poser une question que je n'aurai pas entendue, ma réponse ne vaudra pas tripette - soit j'esquive, je pose le livre, je reviens plus tard. Comme si une part de moi espérait que pendant ce temps quelqu'un serait venu faire le ménage, arranger les choses, que la tempête serait passée sans que j'aie à me taper les catastrophes.

    A treize ans Théo perd sa mère dans un attentat au musée. Il en sort traumatisé, accablé par la culpabilité et les inévitables "et si..." qui voudraient réécrire le passé. Il se trouve qu'il en réchappe aussi avec deux secrets : une rencontre dans les décombres et un tableau emporté sans conscience véritable de son acte.

    C'était un roman corne d'abondance, qui a tout de la soirée roborative entre amis - si vous vous souvenez encore de ce que c'est - il y a d'abord eu l'agitation bavarde, le repas joyeux avec de quoi piocher pour tous les goûts : une très belle histoire d'amour, un peu triste. Le personnage de la fille, superbe, pas besoin d'être souvent présente dans l'histoire pour prendre énormément de place. Une amitié poivre et sel avec un autre garçon paumé.  Une rencontre décisive avec un restaurateur de meubles. L'art, sous plusieurs formes. L'amour fou pour ce petit tableau, cet oiseau enchaîné. Le deuil. Tout ce qui marque sa jeune vie, le pire et le meilleur, mêlé.  L'atmosphère se relâche. La torpeur repue de fin de soirée l'emporte. Il y a de longues pauses digestives, je suis certaine d'avoir parfois décroché rêveusement. Théo est dans le bus, le trajet est long. Je m'assoupis un peu. Je suis bien.

    Quand on dit d'un roman qu'il est beau, en général, c'est que c'est un peu chiant lent par endroits. Dnas un beau roman, on ne s'attend pas à des flingues, des dealers, une profusion de lieux - New-York, Las Vegas, Amsterdam. J'ai eu ça ET une mélancolie anxieuse, métaphysique. C'est tout ce mélange qui m'a bien plu.

     

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  • Northanger Games

    jane austen, la mère des sarcasmes, classique recommandé, litt anglaiseNorthanger Abbey, Jane Austen

    Petit cadeau surprise du book club de Noël durant lequel le sort m'a favorisée, c'était un vrai régal (sur les 85 premiers pourcents, autant le dire de suite la fin n'a aucun intérêt). 

    Héroïne de ce court roman, Catherine est une jeune femme (aujourd'hui ce serait une ado) prête à faire son entrée dans le monde. Elle quitte ses parents pour Bath, lieu mondain par excellence, où elle va résider avec des amis de la famille, danser et faire semblant de connaître du monde, ce qui n'est pas le cas. Heureusement elle fait rapidement la connaissance d'une autre jeune fille comme il faut et de sa profusion d'amitié ainsi que de son frère d'une galanterie inégalable tant que vos poches sont pleines.

    Sa naïveté est confondante et son imagination, nourrie de ses lectures, n'est pas sans évoquer le personnage de Mme Bovary.

    "Elle avait lu trop de livres pour ignorer combien il est facile de mettre dans un cercueil une figure de cire et de mener un faux enterrement."

    Parodie de toute la littérature de son époque, romans noirs, romans sentimentaux, et texte bourré de sarcasmes sur l'hypocrisie des relations humaines, Northanger Abbey est un petit bijou pour qui sait apprécier les sous-entendus. Je me suis bien amusée, voilà un classique comme je les aime.

     

     

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  • Le chemin des dames

    ronde nuit, waters, roman LGBT, couvertureRonde de nuit, Sarah Waters

    Je voulais choisir ma dernière lecture de l'année avec soin. C'est symbolique. J'ai pris le dernier Sarah Waters, autrice qui a déjà fait quelques apparitions sur ce blog, avec Affinités , Caresser le velours ou Indésirable. Dernier au sens où il ne m'en reste plus, j'ai tout lu d'elle. Il faut dire que c'est une incontournable - en qualité - de la culture LGBT.

    Je me suis plongée dedans comme ça ne m'est guère arrivé dans l'année. Plongée par petites apnées, souvent interrompue par les devoirs sociaux des fêtes de fin d'année. Mais même pour une page, même pour deux minutes, je me sentais descendre et complètement m'extraire de la réalité. Elle a une façon de rendre vivante n'importe quelle période historique que j'ai saluée même dans ceux de ses romans qui ne m'ont pas emballée.

    Pour le suspense, c'est maîtrisé à l'aide de techniques éprouvées. Un peu comme un Stephen King. Ici on se place d'abord quelques années après la seconde guerre mondiale. On découvre les personnages. Un garçon, qui a passé la guerre en prison. Deux femmes qui travaillent ensemble dont l'une a une liaison avec un homme marié et quelques autres secrets. Une autre qui était ambulancière. Puis les deux parties suivantes nous font faire chacune un bond en arrière, jusqu'à nous plonger au cœur des bombardements à Londres. Et jusqu'à ce qu'on comprenne le fin mot de chacune des histoires individuelles, toutes liées. Le fin mot ayant l'originalité d'être le début, chronologiquement. C'est bien trouvé.

    C'est une ambiance que je ne peux vous décrire, faite de minuscules détails. Les églises éventrées. Les gens qui courent aux abris à chaque alerte et ceux qui en ont marre à force et restent dans leur lit. Les panneaux qu'on enlève dans les rues pour que les allemands ne puissent pas s'y retrouver s'ils arrivent. La haine à laquelle doivent faire face les objecteurs de conscience.

    Je me suis sentie amoureuse. (C'est normal, c'est plein de femmes) En proportion, c'est comme un roman hétéro, mais inversé. C'était très étrange de lire des passages sur l'amour, le couple, le coup de foudre, l'après rupture, si proches de ce que j'ai pu vivre. Il y a de ces passages sur la jalousie... ça sent le vécu. Et puis c'était marrant, cette scission entre les lesbiennes masculines et les autres. Au début j'ai pris ça pour une caricature et puis en y réfléchissant, c'est une vraie question, très intéressante. Voilà, ça c'était le bonus juste pour mon plaisir personnel.

    Mais surtout, le roman parle des femmes, de la condition des femmes, de tout ce que la guerre a engendré de transformations. Du rôle qui n'est plus le même, des habits qui ne sont plus les mêmes, de l'impossibilité de retourner à la vie d'avant. Il parle aussi de l'opprobre jeté sur les liaisons hors mariage. Des avortements clandestins au péril de la vie des jeunes femmes.

    C'est un des plus réussis. Peut-être le plus réussi, allez, j'ai un attachement sentimental à Affinités mais je pense que celui-ci est objectivement meilleur.

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  • Spider Mens*

    command and conquer,confrontation d'esprits différents,roman d'une grande intelligence,arachnophobes lancez vousDans la toile du temps, Adrian Tchaikovski

    "Qu'éprouve-t-on quand on est vous ? Une question à laquelle personne ne peut répondre, parce que personne n'est capable de sortir de son cadre de référence."

    Est-ce que je tiens mon coup de coeur de l'année ? Possible !

    J'ai l'impression que certains sujets sont à la mode et que si je continue à lire de la science-fiction récente, ce qui est bien parti, je risque de les retrouver jusqu'à plus soif. Qu'importe, à l'heure actuelle, j'ai encore le gosier sec.

    Il est donc cette fois encore question d'une ère lointaine, celle de l'effondrement de notre civilisation. C'est à peine de la S.F., d'aucuns tiennent cela pour acquis. Simplement ce ne sera pas en 2050, mais après l'essor technologique habituel (intelligence artificielle, vaisseaux spatiaux, conquête d'autres planètes etc.) D'ailleurs l'auteur n'épilogue pas là-dessus, il incipite plutôt. Vite fait et de loin. L'effondrement est vécu depuis le tréfonds de l'univers, à la périphérie d'une planète que la Dr Kern terraforme pour y envoyer ses précieux singes. Des singes qui grâce à un nanovirus capable de manipuler leur génome graviront quatre à quatre les marches de l'évolution. Sauf que ces abrutis d'humains se chamaillent et qu'en trois coups de cuiller à poum... ils ont tout fait péter. Fin de l'Histoire, la Dr Kern a juste le temps de mêler son cerveau à un ordi, les singes sont cuits, il ne reste rien.

    Quelques siècles plus tard. A bord d'une arche, les survivants de l'humanité sont ... Je vais me perdre si je m'entête à vouloir résumer ne serait-ce que le début.  Parce que je vais vouloir tout dire.

    Changeons d'angle. Il est génial ce récit, pour plusieurs raisons. D'abord il est parfaitement dosé, bien mieux que Latium, dont le sujet était très proche, mais qui était infiniment plus exigeant. Cette fois il m'a semblé que c'était à la fois accessible et intelligent.

    Le coeur du livre, c'est le temps.

    Un seul point de départ - ce jour où l'humanité s'auto-détruit et deux parcours qui vont nous être narrés en parallèle. Vous voyez que je ne râle pas pour rien. Si je me plains 99 fois sur 100 de cette mode des chapitres avec points de vus alternés c'est pour pouvoir dire que là, enfin, c'est utilisé pour servir à bon escient le récit. Je savais que c'était possible !

    Donc. D'un côté, l'évolution des humains, car il en reste quelques uns, notamment les experts (chacun dans leur domaine, c'est le principe d'une arche). Certains sont nommés, ce sont les personnages que nous suivons. Sous leur responsabilité, quelques milliers d'autres, anonymes, endormis dans leur caisson de stase, "cargaison" de l'arche, que l'on réveillera si l'on trouve où s'installer. Notre héros principal est linguiste, spécialiste des Anciens (ceux qui ont déglingué leur planète, c'est à dire nous). Il doit avoir la trentaine au début, on va le suivre sur l'équivalent, disons, de deux tiers de sa vie.

    En parallèle, l'évolution à partir de zéro d'une nouvelle civilisation intelligente, celle des araignées. Car si l'humain du passé ne pouvait envisager comme cobaye que quelque chose de très proche de lui, le nano-virus, qui a l'esprit moins étriqué, à défaut de singe a pris ce qu'il a trouvé sur place. Je n'aime pas beaucoup ces bestioles mais ce roman, je dois dire, m'en rend un peu honteuse. L'auteur est zoologue. On s'y croirait, dans la peau de ces petites choses (et même pas peur).  Ce qu'il propose est très intelligent. A vitesse accélérée par ce fameux virus, il fait progresser les araignées comme l'être humain a progressé au cours des temps, en passant par les mêmes grands stades. Guerres, querelles religieuses, esclavagisme, interrogations politiques, découvertes scientifiques.

    "Lorsque Bianca a été dénoncée par une autre savante dissidente, une visite inopinée de son laboratoire a démontré que ses recherches personnelles s'étaient portées sur l'astronomie, une science qui a particulièrement tendance à produire des hérétiques."

    C'est comme lire un livre d'Histoire, mais vu à travers d'autres yeux. Pas mal d'yeux en fait, même, car de ce côté les araignées sont bien dotées.

    J'ai adoré cette façon de faire. D'autant que ces araignées, qui mangent leurs mâles après l'accouplement, vont commencer par former une société matriarcale et qu'on revivra en bonus, à travers l'évolution du mâle Florian, l'histoire de l'émancipation de la femme.

    "Si Grand-Nid et beaucoup d'autres grandes cités continuent à fonctionner tant bien que mal, c'est surtout parce que nombre de mâles ont profité de l'occasion pour se glisser dans les rôles traditionnellement réservés aux femelles."

    C'est l'autre trait de génie. Les araignées sont, comme les humains, nommées pour qu'on puisse les reconnaître et les suivre comme des personnages à part entière. Sauf que pour pouvoir traiter avec elles des périodes de temps de plusieurs centaines d'années, le nom ne désigne pas un individu, comme notre linguiste, mais plutôt un type. Ainsi, d'époque en époque, Portia sera la femme d'action et Bianca la scientifique, Fabian le mâle qui arrachera à chaque nouvelle génération un peu plus de droits et de libertés.

    J'ai trouvé ça habile, ça fonctionne très bien. On suit les deux séries de personnages, qui semblent cheminer de concert alors que l'une se vit en temps humain et l'autre fait défiler les siècles. Jusqu'à se rejoindre. Il faudra bien confronter ces deux civilisations l'une à l'autre. Ce qui corse encore les choses, c'est qu'au sein du vaisseau humain, le temps ne s'écoule pas non plus de façon linéaire, en années standard. Car chacun entre et sort à son rythme de son caisson d'hibernation. Comme une vidéo qu'on met en pause. Et la femme embrassée à trente ans pourrait bien, deux siècles plus tard, tantôt être votre cadette, tantôt votre grand-mère, selon qu'elle a passé plus ou moins de temps que vous réveillée.

    Comme toujours, j'en ai dit beaucoup et je me sens à côté de l'essentiel. C'est le propre de ce genre de discours qu'on dirait amoureux. On voudrait expliquer, justifier... on se heurte à la pauvreté des mots. J'ai aimé, c'est tout. Il vous faut vraiment des raisons ?

     

    * Ma femme m'a dit qu'il fallait mettre une astérisque, qu'on sache que ce n'est pas une faute le 's' à mens.

     

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