Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Urgences

  • Bar solitaire*

    thriller ferey jamais seulPlus jamais seul, Caryl Ferey

    Le flic (ex-flic) est borgne, son orbite vide purulente lui fait un mal de chien, ce qui est parfaitement assorti à son humeur de bouledogue. Il traîne avec lui sa fille, une adolescente orpheline de mère dont il vient à peine de faire connaissance.

    Lorsque son meilleur ami disparaît en mer, peu satisfait des conclusions de l'enquête officielle, il s'embarque dans l'aventure, prêt à en découdre, à contourner des règles, à casser des gueules. De toute façon, il pense qu'il va crever.

    Le roman écume la Bretagne, de Brest à la pointe du Raz - c'était sympa de reconnaître des lieux, des noms - et navigue parfois un peu plus loin, jusqu'en Grèce.

    Le personnage bien déglingué, à défaut de jouer la carte de l'originalité, est campé comme il faut pour me le rendre attachant.

    Et surtout, dans ce thriller qui tient la route, le message de fond - traite des humains, aide aux migrants - est particulièrement explicite et explosif. Je crois que je m'oriente de plus en plus facilement vers des romans qui s'ancrent dans cette réalité. Je ne suis pas trop dans une période autruche cet été et avec nos achats massifs de climatiseurs pour lutter contre le réchauffement produits par la conso électrique des climatiseurs, nous n'allons pas vers de très beaux jours. Comme un clash récent ne l'a rappelé, il y aura toujours du monde pour s'asseoir sur son tas d'or volé, avec un fusil dans chaque main, outré de voir ceux qui n'ont plus rien regarder dans cette direction.

     

    * Si, si, ça fonctionne. Même sans savoir qu'un bar et un loup, c'est le même poisson. A Brest, par exemple, à part des bars (ceux avec des bouteilles) il n'y a pas grand chose à visiter.

    P.S. (Océanopolis, quand même)

    Lien permanent Catégories : Urgences 0 commentaire
  • Citrouille mécanique

    meyer, cinder, cendrillon, conteCinder, Marissa Meyer

    Quand je pense que pour m'en vendre la lecture, il a paru nécessaire de me mentir éhontément en me jurant que c'était le premier tome d'une série mais qu'on pouvait les lire indépendamment ... Indépendamment, mon œil !!

    Je l'aurais lu, puisqu'on me le conseillait. Je vais même lire les suites sans broncher puisque j'ai vraiment aimé cette réécriture de Cendrillon, en mode futuriste. Cendrillon n'est pas mon héroïne Disney préférée (tout le monde sait que c'est Belle - pas la chienne qui traîne avec Clochard ! - non, la fille qui aime les livres et qui finit par dépasser les apparences et tomber amoureuse de la Bête. J'adore la bête. Déjà petite je me demandais pourquoi il fallait qu'à la fin il redevienne un prince. ça gâche tout. Si c'est une bête qu'on aime, c'est une bête, faut pas tricher après et rentrer dans le rang.)

    Cette héroïne-ci surpasse l'original. Elle ne pépie pas avec les oiseaux en passant le balai. C'est une femme cyborg, dans une société qui ne les voit pas d'un bon oeil et n'en fait pas des citoyens à part entière. Cinder est mécanicienne. Elle a oublié des pans de son passé. Elle appartient à sa belle-mère, comme un objet.

    Les liens avec le conte sont lâches, c'est davantage un fil conducteur. Il y a bien des soeurs, et une belle-mère, mais elle est moins méchante que l'originale, plus nuancée. Il y a bien une histoire de pied - celui, artificiel, de Cinder - et une histoire de bal - que doit donner le prince héritier.  Lequel, bien sûr, a débarqué un jour dans l'échoppe de l'héroïne.

    Mais il y a surtout une épidémie mortelle, des complots, une terrible reine de la Lune aux pouvoirs psychiques...

    Récit vif, léger, qu'on croque en trois bouchées. Je me demande ce que me réserve la suite...

     

    Lien permanent Catégories : Urgences 1 commentaire
  • Vivre avec des remorts

    une autre idée du barbecue,plus de livres que dans la belle et la bête,humour à ma portée,scènes horribles bon dieu je vais passer pour une sadiqueLa bibliothèque de Mount Char, Scott Hawkins

    On pourrait croire à une de ces maisons d'étudiants qui appartiennent à une fraternité. On y trouve une douzaine de jeunes gens qui ne sentent pas tous la rose, couchent parfois les uns avec les autres, partagent un certain nombre d'expériences inoubliables et le reste du temps étudient. Sauf que cette maison-ci est un lieu hors des lieux, dans un temps hors du temps. Que ceux qui puent changent probablement de chaussettes et de caleçon mais ne sont pas tous vivants - du moins pas tous les jours - et que leurs domaines d'étude sortent un peu de l'ordinaire.

    Bienvenue dans la bibliothèque de Mount Char, où Père a recueilli des orphelins qu'il forme d'une poigne de fer (c'est un euphémisme), chacun et chacune en charge d'un "catalogue". L'un apprend l'art de la guerre, l'autre parle et vit avec les animaux, sa soeur soigne les petits bobos et les morts diverses, et Carolyn, notre héroïne, apprend tous les langages de la Création.

    Père a disparu... Le chaos est sur le point de s'abattre sur leur monde et sur le nôtre. Il est temps de se promener aux Etats-Unis habillé en tutu rose et machette, accompagné d'un lion ou encore d'une naïveté à l'épreuve des balles. D'utiliser pour de Grands Desseins un plombier qui n'a rien demandé à personne, de faire tourner un ex-militaire en bourrique et de faire tondre sa pelouse par des zombies.

    Ce livre est mon chouchou de l'année, pour l'instant. Je me suis amusée alors que le fond est d'une noirceur... J'ai lu deux fois la définition de burlesque, pour savoir s'il y avait de ça. Je ne suis pas encore bien sûre...

    Ce roman a un charme irrésistible (avis très personnel, je ne sais pas à quel profil il est susceptible de plaire). Il donne la pêche. J'ai bien vu le message sérieux, un poil métaphysique, Dieu, les apprentis Dieu tout ça... Et l'intrigue n'est pas trop mal fichue - le dernier quart un peu plus lent - mais avant tout, c'était marrant ! Horrible, pourtant, terrible, sombre. Mais franchement... le lion ! Et Steve ! (Et le lion...) et le mec qui tond la pelouse... L'auteur est un sacré numéro à mon avis. Du genre à faire des blagues d'un air sérieux, mais avec un petit sourire en coin si on regarde bien ? Je serai très curieuse de lire autre chose de lui. Je signe de suite.

     

    Lien permanent Catégories : Urgences 0 commentaire
  • La reine du sabbat

    boulgakov, marguerite, maitre, diable, folioLe maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

    Depuis le temps que je devais me lancer, avec les écrivains russes! Certes, pas de coup de foudre, mais une intense sensation de lire exactement ce que je devais lire. 

    C'était assez baroque comme expérience... Les personnages principaux, à savoir le Maître, écrivain, auteur d'une oeuvre sur Ponce-Pilate qui ne rencontre pas le succès et Marguerite, femme mariée avec laquelle il entretient une liaison, n’apparaissent que très tard et n'apportent pas une grande valeur ajoutée. 

    On nous annonce une femme qui pactise avec le diable pour sauver son mec. J'ai lu Faust il y a vingt ans, je n'en ai aucun souvenir - c'était trop tôt et trop ardu - mais je m'attendais à quelque chose dans ce style. Or ce récit se laisse bien lire, il est accessible, si on arrive à faire abstraction de l'avalanche de notes et de références culturelles au diable dans la peinture, la littérature, etc. 

    En revanche, il faut accepter d'être dans un foutoir complet. Le récit tient quand même plutôt de la farce et il est passablement décousu. Pas décousu. Sautillant? Erratique. Le diable n'est pas bien effrayant. Le ton pas bien sérieux. Si vous espérez après l'histoire d'amour vous risquez aussi d'être déçu·e. Les deux protagonistes débarquent tard et le trip "sorcière" de Marguerite n'a pas été le meilleur morceau.  

    Non, moi, ce que j'ai aimé, c'est l'équipe de Bad guys qui accompagnent le diable. Chacune de leur sortie en public est un petit bijou. En tête de mon classement, le gros chat horripilant, d'une incroyable mauvaise foi, menteur et succeptible. ça c'est un personnage ! Et la scène dans le théâtre, aussi. Rien que pour ça le livre vaut le détour. 

    Étrangement, alors que le sujet religieux n'est clairement pas ma tasse de thé, j'ai aussi un faible pour le récit dans le récit - même si je ne sais trop ce qu'il fichait là. Il m'a émue, ce Ponce Pilate. 

    En résumé : belle écriture, trame du récit déstabilisante, humour (russe?).

     

    Lien permanent Catégories : Urgences 0 commentaire
  • HOP #6 - Deus ex nihilo

    c'était seulement un bon livre au début de la soirée, on dirait qu'il a pris du galon, dieu créa une nouvelle fois l'homme, quete existentielle, latium, SF française, Lucazeau  Latium, Romain Lucazeau

    Récit de pure SF, mâtiné de culture latine et grecque, sorte d'hommage à un âge d'or de l'esprit et appréciable même pour une profane comme moi.

    L'effort à fournir pour monter à bord de la nef interstellaire et m'acclimater à cette écriture exigeante en valait la peine. Lecture pourtant traînée tout le mois de décembre, perçue comme trop aride au départ, philosophique, embrouillée comme le sont les récits de SF avec leur vocabulaire à apprivoiser. Il faut bien 150 pages pour commencer à entrevoir le roman et identifier ses personnages.

    Comme je suis adorable, je vais vous faire gagner du temps. Comme rien n'est gratuit, vous y perdrez en poésie...

    Des siècles après la disparition de tout être humain, les machines intelligentes qui les servaient, quasi immortelles, errent dans l'espace sous la forme de nefs gigantesques. Implanté en chacune d'elle, un but unique et impérieux: servir les êtres humains, les protéger, ne jamais attenter à la vie. Cette programmation nommée "Le Carcan" est intrinsèque à chaque intelligence, même la plus petite. Elle donne un sens à leurs existences. Un sens désormais sans fondement.

    Plautine et Othon sont deux de ces esprits puissants, quasi divins, incarnés dans des nefs spatiales et ce but inaccessible risque à tout instant de les faire sombrer dans la folie.

    Si vous avez reculé devant mon sujet sur l'IA, vous risquez fort de le faire à nouveau sur ce roman. Que puis-je dire ? Je n'aime pas non plus beaucoup la SF et jamais je n'aurais ouvert celui-ci, sous sa couverture space opéra, sans cette chance de profiter du catalogue des éditions Folio, depuis maintenant quelques années, j'en profite pour les remercier, je ne le fais pas toujours, et assumer pour une fois mon conflit d'intérêt.

    Hasard de calendrier, ce roman est l'écho parfait de tous les articles sur l'IA. En version plutôt optimiste! Ici, la machine n'a pas détruit l'humanité. Bien programmée (d'inspiration Asimov), elle fut l'outil parfait, elle conduisit l'être humain dans les étoiles. Elle éleva une civilisation basée sur le culte du Nombre et du Concept. Cette belle époque d'avant l'Hécatombe n'est qu'un écho, dans le récit, un écho mélancolique et lointain.

    Ce roman m'a ennuyée, oui... avant de me parler. Qui n'a jamais cherché un sens à l'existence ? Qui n'a jamais été porté par un objectif puissant, une volonté intransigeante ? Je voudrais vous emporter avec moi... C'est un maginfique récit de la folie qui s'empare des esprits dont le socle s'est évanoui. 

    Une menace - dont je ne peux trop parler - va apparaître et contraindre Plautine et Othon à reconsidérer leur Carcan.  Cette menace sert de prétexte pour mettre en lumière la dissemblance de leurs choix. Comme quoi, la logique pure ne conduit pas toujours aux mêmes conclusions. 

    Plautine est physiquement tiraillée. Ses traits de caractères et ses capacités se sont matérialisés en autant de "noèmes", des intelligences devenues des personnages, qui évoluent au sein de la nef comme sur une scène de théâtre. S'opposent et s'affrontent, rivalisent d'arguments. Ils ne sont qu'un, ils sont Plautine, mais agissent en se cachant des autres. Ils la déchirent de l'intérieur, comme si la machine souffrait de schizophrénie.

    Othon - mon préféré - devient, en attendant le retour improbable de l'être humain, le dieu d'une population d'Hommes-Chiens qu'il façonne patiemment. Pour éviter ce conflit intérieur qui ronge Plautine, il se détache à sa manière des parties de sa conscience qui voudraient suivre une autre voix. Au sein de lui-même, il prend son indépendance. 

    Il est question de bien d'autres choses. De croyances, du libre arbitre, de renaissance, du destin qui échappe même à la logique...

    J'ai surtout une grande tendresse pour ce Dieu artificiel roublard et malheureux, cette machine faite de logique pure et qui sacrifierait tout pour que revienne celui qui, sans réfléchir, imparfait dans sa chair, avait foi en lui et lui donnait un cap.

    Lien permanent Catégories : Urgences 2 commentaires