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Urgences

  • Bois éternels Vargas

    vargas-bois-éternelsDans les bois éternels, Fred Vargas

    Grand retour des livres audio, influencée par un collègue qui fait bien plus de route que moi et que j'ai ravitaillé en dévalisant le rayon à la médiathèque. 

    Sachant combien je suis attachée au réalisme et à la cohérence des choses, d'après vous, quel avis vais-je émettre sur un roman dans lequel la police mobilise en quelques minutes un hélicoptère pour suivre un chat ? 

    Perdu (ou gagné, si vous me connaissez mieux que bien) : j'ai adoré !! C'est mon troisième Vargas, je suis préparée, ce n'est pas un polar comme un autre, c'est une sorte de rêve un peu halluciné. Une errance poétique, qui porte Adamsberg, le héros flic, tantôt à écouter les mouettes, tantôt à lire à un bébé un livre sur la maçonnerie traditionnelle... Jusqu'à ce que le crime soit résolu.

    C'est une si belle écriture que chaque fois que j'en termine un, je l'oublie, comme on oublie un songe, même très agréable. Et je m'étonne à nouveau au roman suivant d'aimer à ce point cette auteure et de l'avoir si peu lue, finalement.

    Chaque personnage secondaire est une pépite. Les normands taiseux (scènes géniales), les histoires de bouquetins, les fantômes au grenier, la femme qu'on écoute en aimer un autre, les bois de cerf encombrants mais qu'il ne faut pas séparer, l'érudition de certaines explications... C'était parfait.

     

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  • Les phénix de ces bois

    dans la foret, hegland, se nourrir d'hegland et d'eau fraiche, manuel du survivaliste littéraire, initiation au renoncementDans la forêt, Jean Hegland

    Imaginez que la fin du monde advienne. Sans explosions, sans émeutes, sans hurlements, sans scènes de pillage, sans grands effets hollywoodiens. Un film catastrophe presque sans catastrophe, où vous suspendez simplement quelques secondes votre lecture au coin du feu pour remarquer que les choses ne sont plus comme elles étaient.

    La civilisation s'écroule mais vous n'êtes pas sous les décombres. Vous êtes à l'abri, à l'écart, au calme. Dans la forêt. Idée déroutante et pourtant réaliste car quelle que soit l'ampleur d'un événement mondial, il se trouvera toujours quelque part des individus isolés du reste du monde pour l'ignorer.
     
    Ils se sont installés là pour le cadre de vie, ils y élèvent leurs deux filles. Ce ne sont pas des marginaux, ils travaillent en ville, à quelques kilomètres de là. Si les filles sont, petites, éduquées à la maison, elles ne sont pas pour autant cloîtrées ni coupées du monde. A l'adolescence, l'une d'elle fréquente une école de danse, l'autre est toujours fourrée dans les livres et attend sa lettre d'admission dans une grande université.
    Il y a beaucoup de douceur dans le portrait de cette famille, au début du roman. Elle fait rêver. Comme une photo parfaite, prise au meilleur moment.
     
    Puis la mère meurt, d'une maladie il me semble. Puis la fin commence. Ce sont d'abord des pannes de courant, de plus en plus longues et rapprochées. L'énergie manque. Le père et ses deux filles suivent tout cela de loin, inquiets mais encore persuadés que tout finira par rentrer dans l'ordre. Ils font tout de même des réserves de provisions. Et lentement, la civilisation s'effondre. Les échos leur en parviennent.
     
    Ce n'est pas l'essentiel du roman. A moins d'être un exécrable photographe, on s'arrange pour avoir le sujet au moins un peu dans le cadre.
    C'est souvent, dans un récit initiatique, que l'on commence par priver le héros de tout. Il se retrouve généralement sans parents. Comme si on ne pouvait avancer qu'une fois tranchées toutes les racines. Sauf que là, elles sont deux.
     
    J'ai adoré ce livre. Je ne l'ai jamais trouvé triste. Mais j'ai pleuré. Ce n'est pas une descente aux enfers ni un drame. C'est un retour à la nature, un dépouillement - une sorte de mue? - lent et inéluctable. Il n'y a qu'une scène de violence. Elle m'a bouleversée, par son contenu, mais aussi parce que d'ordinaire, dans le chaos, la violence est la norme. Là, elle arrive par surprise, brutale, au milieu de la paix. Elle éclate.
     
    C'est un livre dont on sort en songeant qu'il y a encore beaucoup à dire. Sur le père. Sur les livres et la musique. Sur la dernière partie... mais je n'ai pas pour habitude de discuter de la fin des livres ici.
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  • La guettée parisienne

    3682460888.jpgLes Misérables - Tome III : Marius, Victor Hugo

    Revenons à ce cri : Lumière ! Et obstinons-nous-y ! Lumière ! lumière !

    J'ai trouvé un compromis pour me délester de la dictature des notes de bas de page et fluidifier ma lecture : j'ai lu toutes les notes avant, histoire d'être débarrassée ! Ce qui est bien avec les tocs, c'est qu'ils se plient assez facilement à des filouteries comme celles-ci. Pas folichon sur le moment, mais efficace. Reste ce sentiment désagréable de ne rien comprendre à la situation politique. Je vais trouver à régler cela et pour le 4e morceau, je serai au top !

    "Mlle Vaubois, parfaite en son genre, était l'hermine de la stupidité sans une seule tâche d'intelligence."

    Cette phrase... Vous comprenez pourquoi je mets de côté cet article depuis des semaines ?

    Je pensais que les Misérables, c'étaient Jean Valjean (un gentil galérien fétichiste des bougeoirs), Cosette (une petite chose muette et effrayée) et un couple d'affreux tortionnaires aubergistes. Les extraits dans mes manuels scolaires et les menaces de ma mère de faire venir les Thénardier pour ma sœur m'en donnaient en tout cas l'impression.

    En réalité, c'est une grande galerie. Le long portrait du gamin de Paris est sublime...

    "Si l'on demandait à l'énorme ville : Qu'est-ce que c'est que cela ? elle répondrait : C'est mon petit. "

    Je n'ai pas été aussi sensible au portrait de la ville - rigidité psychologique oblige, un portrait, ce sont des gens - mais j'ai aussi été bouleversée par ce pauvre père, l'ancien militaire, et d'une certaine façon par le grand-père de Marius.

    Tout cela pour redire que j'adore les portraits. Cette semaine, justement, un collègue d'excellente nature, toujours souriant, s'est mis à me vanter ces mêmes qualités chez un autre, dont il appréciait "la fraicheur". C'était un panégyrique très imagé où il était question de la montagne. Je n'aurais jamais moi-même utilisé ces images-là, mais je voyais exactement ce qu'il voulait dire : parfois, une présence nous emporte. C'était probablement, en dehors de la littérature, le portrait le plus enthousiaste d'un homme pour un autre que j'aie entendu.

    Alors que pris globalement je n'attends pas grand chose de mes semblables, observés un par un, il en sort toujours quelque chose de spécial, de poétique. Comme le gars dans le métro tout à l'heure, qui avait un mètre ruban et qui mesurait, en commentant tout haut, ses pieds, ses poings, les vitres, ses jambes, la distance entre ses chaussures... Il était un peu effrayant, comme toutes les manifestations publiques de l'existence de la folie. Il n'a pourtant essayé de mesurer personne d'autre que lui, même s'il en a fait l'annonce, en disant qu'on verrait bien alors, les menteurs, ceux qui se prétendent de taille 48 ou 50. Il a surtout laissé derrière lui une rame entière de gens éberlués, riant ou souriant. Au sein d'une foule, il a été le seul à exister, le seul à me donner envie d'en conserver le souvenir. 

    J'aime bien les gens, vus de si près. Si vous écrivez des portraits, envoyez-les moi. Si vous n'en écrivez pas, choisissez n'importe qui autour de vous, écrivez, et envoyez-les moi. On peut même faire des échanges si vous voulez, comme pour les Pokemon.

    Pour Hugo, je n'ajoute rien, je ne me sens pas assez à l'aise, mais c'est de mieux en mieux. Chouette personnage que Marius, en tant que fils, que petit-fils et que soupirant. Le coup de la promenade quotidienne et du banc... ça m'a rappelé des souvenirs. Qu'on est bête, quand on est amoureux/ses !

    "Vous allez tomber d'engrenage en engrenage, d'angoisse en angoisse, de torture en torture, vous, votre esprit, votre fortune, votre avenir, votre âme; et, selon que vous serez au pouvoir d'une créature méchante ou d'un noble coeur, vous ne sortirez de cette effrayante machine que défiguré par la honte ou transfiguré par la passion."

    A suivre...

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  • Chasse à l'urss

    nouvelle sparte, lhomme, futur, couvertureNouvelle sparte, Erik L'Homme

    Si vous avez une étagère dans votre bibliothèque au carrefour entre l'antiquité et le futur, c'est là qu'il faut poser ce roman, qui m'a secouée un peu de ma torpeur et marque peut-être la fin de mon hibernation estivale. J'attends juste la confirmation que le thermomètre de la chambre ne repassera plus la barre des trente degrés la nuit...

    Valère et Alexia, seize ans, vivent dans une société légèrement postérieure à la nôtre, dans une cité-état au bord du lac Baïkal, dotée d'une technologie avancée mais dont la principale particularité est d'être un curieux mélange d'inspiration antique avec culte de l'exercice physique, temples dédiés aux dieux grecs (et la référence à Sparte bien entendu)  et de valeurs communistes ( mise en commun des ressources, travail au profit de la communauté).

    Tandis que le reste du monde a sombré dans la consommation à outrance, que les inégalités entre les classes sociales se sont creusées, que la pollution est devenue la norme, Nouvelle Sparte est un écrin de nature, de sagesse, de vie saine, d'équilibre entre développement personnel et collectif. Même la religion me convient :

    "Il sait aussi que les dieux ne font pas de miracles mais donnent aux âmes la force de les accomplir"

    Un paradis sur terre, pour lequel je suis prête à signer de suite !

    Nos deux jeunes héros, amoureux, viennent juste de terminer leur kryptie, ce rite de passage qui les fait entrer dans l'âge adulte, quand des attentats viennent briser la tranquillité de la cité. Pour découvrir les instigateurs de ces crimes, Valère va devoir quitter le seul monde qu'il connaît, pour s'infiltrer dans une version sombre du nôtre.

    Ce roman jeunesse, dont la seule faiblesse est une intrigue un poil trop linéaire et prévisible, est à la fois un récit initiatique, un roman d'espionnage, le support à une réflexion sur la xénophobie et un morceau délicieux de poésie. Car l'écriture est à l'image du récit - difficile à décrire, déjà - à la fois ampoulée, d'un lyrisme exagéré, surannée mais bourrée de néologismes ou de combinaisons inédites de termes qui ralentissent la lecture et nous obligent à examiner les formules choisies, ce qui n'est pas plus mal. Avec l'habitude et la crainte de ne jamais réussir à lire tout ce que je voudrais lire, j'ai parfois l'impression que mes yeux traversent les romans à bord d'un 4x4 du Dakar.

    Comble de l'ironie, je n'ai été gênée que par l'usage olé-olé des temps et des concordances. L'hôpital qui se fout de la charité, je sais...

    "Elle lui sourit - chaleur-dans-son-coeur. "J'y serai." Il sort de la taverne alors que le soir se muait en nuitée."

    C'est aussi une histoire d'amour, traitée à travers le thème de la séparation. D'amour et de désir, le corps n'est pas oublié. Je souscris à cette vision de la sexualité naissante, c'est joyeux, sans pudeur excessive, cash et très doux, comme j'aime. A cause de ces quelques propos sur le sexe, de l'âge des protagonistes, de mon petit côté vierge effarouchée, de ma tendance à croire à l'innocence des enfants jusqu'au baccalauréat, mais aussi de l'impression globale de maturité, le roman me semblait plutôt destiné à des ados, toutefois le débat est toujours ouvert. Solessor confirmera : à partir de 10 ans, elle conseille.

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  • Docteur oust

    havre des pique assiette,était en attente dans ma bibli depuis 6 ans,sarah waters,indésirable,désiréeL'indésirable, Sarah Waters

    J'ai pardonné à un roman choisi pour mes vacances, écrit par Sarah Waters, de ne pas contenir autant de romances lesbiennes que j'étais en droit de les attendre. Magnanime, je l'ai noté trois étoiles dans mon classeur.

    C'est que je n'ai pas d'autre exemple de roman fantastique contemporain. C'est admirablement fait, dès le titre (v.o. the little stranger).

    Enfant d'une modeste famille, Faraday est vivement impressionné par une visite à Hundreds, le domaine des Ayres, famille aristocrate locale. Des années plus tard, petit médecin de campagne, célibataire sans le sou, il voit ce souvenir ressurgir lorsqu'un imprévu le conduit à se rendre au manoir pour des soins.

    Il découvre alors une propriété à l'abandon, bien loin de l'image qu'il en conservait, et une famille à l'image des lieux. Un fils revenu blessé de la guerre, une mère fatiguée, une fille au physique ingrat qui porte le domaine à bout de bras, un personnel de maison décimé.

    L'atmosphère historique est très bien rendue, comme toujours chez Sarah Waters, je ne peux pas lui enlever ça. Ils sont parfaits ces aristocrates dont le déclin est d'ores et déjà consommé mais qui cachent les trous dans les moquettes, sont prêts à se priver de tout pour claquer ensuite les ressources économisées dans une fête qui n'a aucun autre but que de conserver les apparences d'une époque faste passée et qui s'accrochent à leurs pierres croulantes au lieu de lâcher le morceau.

    Les relations entre les personnages, rien à redire non plus. C'est intelligent. Sans énorme surprise mais bien mené.

    J'étais partie pour vous parler du titre et je me suis égarée... Petit à petit, le médecin multiplie les visites et l'atmosphère du manoir s'assombrit. De drôles de choses arrivent... S. Waters aime bien le surnaturel, elle nous a déjà fait le coup avec Affinités.  Ici, il n'est jamais bien facile de démêler le vrai du faux. L'indésirable n'est peut-être pas celui qu'on croit. Dans une vieille baraque isolée, qui prend l'eau de partout, que sont quelques bruits et tâches sur les murs ?

    Jusqu'au bout, le lecteur reste libre de son interprétation.
    On dirait bien que j'ai bien aimé. 

     

     

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