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Urgences

  • Revenez !!! (Soufflé par ma femme, très bon ;)

    becoming-obama.jpgDevenir, Michelle Obama

    C'était mon idée pour le book-club thème "Michel" (on a fini par faire le tour des thèmes évidents), que j'avais envie d'entendre aussi au féminin. Je ne m'étais bien sûr pas demandée si j'avais vraiment envie de lire ce bouquin. Nous sommes assez loin de mes goûts avec cette autobiographie people, j'ai mis du temps à me lancer.

    C'était un peu comme assister à un meeting de campagne super bien foutu. Je suis ravie, j'ai des étoiles démocrates plein les yeux et je vote Obama. Elle ou lui, m'en fous. Il est où mon bulletin?

    Le texte est dynamique, très simple, efficace. Droit au but. D'ordinaire je suis assez moqueuse envers ce genre de facilités presque publicitaires, mais il y avait un côté personnel, intime, chaleureux qui compensait largement l'ode à Barack et les politesses de circonstances (remercier chaque personne géniale qui a croisé sa route par exemple).

    Elle fait aimer sa famille, ses enfants, son mec, ses propres choix de vie, sa personnalité. Étonnante découverte.

    Le plan est simple, on commence par son enfance ("Devenir moi") dans un quartier peu favorisé, par la peinture d'un milieu social modeste, d'une scolarité marquée par les inégalités et de la condition d'afro-américaine qu'il est très difficile de saisir, vu de France. La question est au cœur du livre, c'était passionnant.

    C'était ma partie préférée, avec ses réflexions sur l'école, l'urbanisme, tout ce qui favorise ou non les mixités. Et son parcours professionnel, dont j'ignorais presque tout.

    Dans la partie "Devenir nous", j'ai attendu sa rencontre avec Barack. C'était pudique et romantique, attendrissant. Super portrait du mari idéal jusque dans ses défauts, l'humain avant le président. J'ai imaginé le livre qu'écrirait Mélania Trump ...

    C'était tout aussi intéressant de suivre l'ascension politique et la campagne présidentielle, du point de vue de sa femme ("Devenir plus") . La difficulté de concilier vie de famille et vie publique, le sacrifice partiel de sa propre carrière. Puis, après l'élection, d'apprendre des choses sur la vie domestique à la Maison Blanche, sur les coulisses du pouvoir, la place complexe de première dame, l'impact sur les enfants.

    En résumé, très humain, une véritable vitrine pour le couple Obama, habilement tournée. J'ai l'impression de les connaître et je veux un hug !

    J'ai eu envie de le conseiller, mais qui lirait ça ?

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  • Sot l'y graisse*

    drôle, conjuration,imbécile, tooleLa conjuration des imbéciles, J.K. Toole

    Nouvelle-Orléans, années 60. Ignatius Reilly, homme adulte ayant suivi des études aussi longues que possible, vit cloîtré chez sa mère, dans sa piaule malodorante. Dédaigneux, colérique, égoïste, réactionnaire, persuadé d'être un génie méconnu, il a un avis critique sur tout, de nombreuses névroses, fait une fixation sur le fonctionnement de son système digestif et a toutes les apparences de sérieux blocages sexuels. Son existence consiste à écrire rageusement dans des cahiers et à se goinfrer. Alors lorsqu'une dette contractée par sa mère le contraint à se chercher un boulot, croyez bien qu'il va y mettre toute la mauvaise volonté possible. 

    C'est toujours délicat, un roman dont le personnage central est détestable. J'ai déjà changé plusieurs fois la catégorie de cet article, qui était au départ dans les urgences (les coups de coeur) et puis je l'en ai ôté, je ne sais pas bien pourquoi. Et ce soir, allez, je l'y remets. Je n'identifie pas bien ce qui me fait hésiter car j'ai ri plusieurs fois et je trouve qu'il y a quelque chose du chef d’œuvre dans la galerie de personnages secondaires (la mère bien sûr, les pantalons Levy, le night-club pitoyable) . L'écriture ne m'ayant pas déçue non plus... c'est quoi mon problème, en fait ? C'était très bien.

     

    * Je n'aime pas préciser dans mes articles que les personnages sont obèses. Néanmoins je ne veux pas être accusée d'un titre incompréhensible.

     

     

     

     

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  • L'oiseau de malheur

    chardonneret-tartt.jpgLe chardonneret, Donna Tartt

    Les histoires de drogue m'angoissent. Sans doute qu'à certains moments j'ai renâclé à ouvrir le roman à cause de ça, opté pour une autre de mes lectures parallèles. Sans en être le thème, c'est un axe central de ce récit initiatique. Ce n'est pas la première fois que je remarque que quand ça tourne mal pour un personnage auquel je me suis attachée, soit il me faut dévorer les pages à toute vitesse, presque sans toucher les lignes, pour qu'il se sorte rapidement du pétrin - et gare à qui vient me déranger à ce moment-là, ou me poser une question que je n'aurai pas entendue, ma réponse ne vaudra pas tripette - soit j'esquive, je pose le livre, je reviens plus tard. Comme si une part de moi espérait que pendant ce temps quelqu'un serait venu faire le ménage, arranger les choses, que la tempête serait passée sans que j'aie à me taper les catastrophes.

    A treize ans Théo perd sa mère dans un attentat au musée. Il en sort traumatisé, accablé par la culpabilité et les inévitables "et si..." qui voudraient réécrire le passé. Il se trouve qu'il en réchappe aussi avec deux secrets : une rencontre dans les décombres et un tableau emporté sans conscience véritable de son acte.

    C'était un roman corne d'abondance, qui a tout de la soirée roborative entre amis - si vous vous souvenez encore de ce que c'est - il y a d'abord eu l'agitation bavarde, le repas joyeux avec de quoi piocher pour tous les goûts : une très belle histoire d'amour, un peu triste. Le personnage de la fille, superbe, pas besoin d'être souvent présente dans l'histoire pour prendre énormément de place. Une amitié poivre et sel avec un autre garçon paumé.  Une rencontre décisive avec un restaurateur de meubles. L'art, sous plusieurs formes. L'amour fou pour ce petit tableau, cet oiseau enchaîné. Le deuil. Tout ce qui marque sa jeune vie, le pire et le meilleur, mêlé.  L'atmosphère se relâche. La torpeur repue de fin de soirée l'emporte. Il y a de longues pauses digestives, je suis certaine d'avoir parfois décroché rêveusement. Théo est dans le bus, le trajet est long. Je m'assoupis un peu. Je suis bien.

    Quand on dit d'un roman qu'il est beau, en général, c'est que c'est un peu chiant lent par endroits. Dnas un beau roman, on ne s'attend pas à des flingues, des dealers, une profusion de lieux - New-York, Las Vegas, Amsterdam. J'ai eu ça ET une mélancolie anxieuse, métaphysique. C'est tout ce mélange qui m'a bien plu.

     

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  • Northanger Games

    jane austen, la mère des sarcasmes, classique recommandé, litt anglaiseNorthanger Abbey, Jane Austen

    Petit cadeau surprise du book club de Noël durant lequel le sort m'a favorisée, c'était un vrai régal (sur les 85 premiers pourcents, autant le dire de suite la fin n'a aucun intérêt). 

    Héroïne de ce court roman, Catherine est une jeune femme (aujourd'hui ce serait une ado) prête à faire son entrée dans le monde. Elle quitte ses parents pour Bath, lieu mondain par excellence, où elle va résider avec des amis de la famille, danser et faire semblant de connaître du monde, ce qui n'est pas le cas. Heureusement elle fait rapidement la connaissance d'une autre jeune fille comme il faut et de sa profusion d'amitié ainsi que de son frère d'une galanterie inégalable tant que vos poches sont pleines.

    Sa naïveté est confondante et son imagination, nourrie de ses lectures, n'est pas sans évoquer le personnage de Mme Bovary.

    "Elle avait lu trop de livres pour ignorer combien il est facile de mettre dans un cercueil une figure de cire et de mener un faux enterrement."

    Parodie de toute la littérature de son époque, romans noirs, romans sentimentaux, et texte bourré de sarcasmes sur l'hypocrisie des relations humaines, Northanger Abbey est un petit bijou pour qui sait apprécier les sous-entendus. Je me suis bien amusée, voilà un classique comme je les aime.

     

     

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  • Le chemin des dames

    ronde nuit, waters, roman LGBT, couvertureRonde de nuit, Sarah Waters

    Je voulais choisir ma dernière lecture de l'année avec soin. C'est symbolique. J'ai pris le dernier Sarah Waters, autrice qui a déjà fait quelques apparitions sur ce blog, avec Affinités , Caresser le velours ou Indésirable. Dernier au sens où il ne m'en reste plus, j'ai tout lu d'elle. Il faut dire que c'est une incontournable - en qualité - de la culture LGBT.

    Je me suis plongée dedans comme ça ne m'est guère arrivé dans l'année. Plongée par petites apnées, souvent interrompue par les devoirs sociaux des fêtes de fin d'année. Mais même pour une page, même pour deux minutes, je me sentais descendre et complètement m'extraire de la réalité. Elle a une façon de rendre vivante n'importe quelle période historique que j'ai saluée même dans ceux de ses romans qui ne m'ont pas emballée.

    Pour le suspense, c'est maîtrisé à l'aide de techniques éprouvées. Un peu comme un Stephen King. Ici on se place d'abord quelques années après la seconde guerre mondiale. On découvre les personnages. Un garçon, qui a passé la guerre en prison. Deux femmes qui travaillent ensemble dont l'une a une liaison avec un homme marié et quelques autres secrets. Une autre qui était ambulancière. Puis les deux parties suivantes nous font faire chacune un bond en arrière, jusqu'à nous plonger au cœur des bombardements à Londres. Et jusqu'à ce qu'on comprenne le fin mot de chacune des histoires individuelles, toutes liées. Le fin mot ayant l'originalité d'être le début, chronologiquement. C'est bien trouvé.

    C'est une ambiance que je ne peux vous décrire, faite de minuscules détails. Les églises éventrées. Les gens qui courent aux abris à chaque alerte et ceux qui en ont marre à force et restent dans leur lit. Les panneaux qu'on enlève dans les rues pour que les allemands ne puissent pas s'y retrouver s'ils arrivent. La haine à laquelle doivent faire face les objecteurs de conscience.

    Je me suis sentie amoureuse. (C'est normal, c'est plein de femmes) En proportion, c'est comme un roman hétéro, mais inversé. C'était très étrange de lire des passages sur l'amour, le couple, le coup de foudre, l'après rupture, si proches de ce que j'ai pu vivre. Il y a de ces passages sur la jalousie... ça sent le vécu. Et puis c'était marrant, cette scission entre les lesbiennes masculines et les autres. Au début j'ai pris ça pour une caricature et puis en y réfléchissant, c'est une vraie question, très intéressante. Voilà, ça c'était le bonus juste pour mon plaisir personnel.

    Mais surtout, le roman parle des femmes, de la condition des femmes, de tout ce que la guerre a engendré de transformations. Du rôle qui n'est plus le même, des habits qui ne sont plus les mêmes, de l'impossibilité de retourner à la vie d'avant. Il parle aussi de l'opprobre jeté sur les liaisons hors mariage. Des avortements clandestins au péril de la vie des jeunes femmes.

    C'est un des plus réussis. Peut-être le plus réussi, allez, j'ai un attachement sentimental à Affinités mais je pense que celui-ci est objectivement meilleur.

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