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Urgences - Page 3

  • La reine du sabbat

    boulgakov, marguerite, maitre, diable, folioLe maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

    Depuis le temps que je devais me lancer, avec les écrivains russes! Certes, pas de coup de foudre, mais une intense sensation de lire exactement ce que je devais lire. 

    C'était assez baroque comme expérience... Les personnages principaux, à savoir le Maître, écrivain, auteur d'une oeuvre sur Ponce-Pilate qui ne rencontre pas le succès et Marguerite, femme mariée avec laquelle il entretient une liaison, n’apparaissent que très tard et n'apportent pas une grande valeur ajoutée. 

    On nous annonce une femme qui pactise avec le diable pour sauver son mec. J'ai lu Faust il y a vingt ans, je n'en ai aucun souvenir - c'était trop tôt et trop ardu - mais je m'attendais à quelque chose dans ce style. Or ce récit se laisse bien lire, il est accessible, si on arrive à faire abstraction de l'avalanche de notes et de références culturelles au diable dans la peinture, la littérature, etc. 

    En revanche, il faut accepter d'être dans un foutoir complet. Le récit tient quand même plutôt de la farce et il est passablement décousu. Pas décousu. Sautillant? Erratique. Le diable n'est pas bien effrayant. Le ton pas bien sérieux. Si vous espérez après l'histoire d'amour vous risquez aussi d'être déçu·e. Les deux protagonistes débarquent tard et le trip "sorcière" de Marguerite n'a pas été le meilleur morceau.  

    Non, moi, ce que j'ai aimé, c'est l'équipe de Bad guys qui accompagnent le diable. Chacune de leur sortie en public est un petit bijou. En tête de mon classement, le gros chat horripilant, d'une incroyable mauvaise foi, menteur et succeptible. ça c'est un personnage ! Et la scène dans le théâtre, aussi. Rien que pour ça le livre vaut le détour. 

    Étrangement, alors que le sujet religieux n'est clairement pas ma tasse de thé, j'ai aussi un faible pour le récit dans le récit - même si je ne sais trop ce qu'il fichait là. Il m'a émue, ce Ponce Pilate. 

    En résumé : belle écriture, trame du récit déstabilisante, humour (russe?).

     

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  • HOP #6 - Deus ex nihilo

    c'était seulement un bon livre au début de la soirée, on dirait qu'il a pris du galon, dieu créa une nouvelle fois l'homme, quete existentielle, latium, SF française, Lucazeau  Latium, Romain Lucazeau

    Récit de pure SF, mâtiné de culture latine et grecque, sorte d'hommage à un âge d'or de l'esprit et appréciable même pour une profane comme moi.

    L'effort à fournir pour monter à bord de la nef interstellaire et m'acclimater à cette écriture exigeante en valait la peine. Lecture pourtant traînée tout le mois de décembre, perçue comme trop aride au départ, philosophique, embrouillée comme le sont les récits de SF avec leur vocabulaire à apprivoiser. Il faut bien 150 pages pour commencer à entrevoir le roman et identifier ses personnages.

    Comme je suis adorable, je vais vous faire gagner du temps. Comme rien n'est gratuit, vous y perdrez en poésie...

    Des siècles après la disparition de tout être humain, les machines intelligentes qui les servaient, quasi immortelles, errent dans l'espace sous la forme de nefs gigantesques. Implanté en chacune d'elle, un but unique et impérieux: servir les êtres humains, les protéger, ne jamais attenter à la vie. Cette programmation nommée "Le Carcan" est intrinsèque à chaque intelligence, même la plus petite. Elle donne un sens à leurs existences. Un sens désormais sans fondement.

    Plautine et Othon sont deux de ces esprits puissants, quasi divins, incarnés dans des nefs spatiales et ce but inaccessible risque à tout instant de les faire sombrer dans la folie.

    Si vous avez reculé devant mon sujet sur l'IA, vous risquez fort de le faire à nouveau sur ce roman. Que puis-je dire ? Je n'aime pas non plus beaucoup la SF et jamais je n'aurais ouvert celui-ci, sous sa couverture space opéra, sans cette chance de profiter du catalogue des éditions Folio, depuis maintenant quelques années, j'en profite pour les remercier, je ne le fais pas toujours, et assumer pour une fois mon conflit d'intérêt.

    Hasard de calendrier, ce roman est l'écho parfait de tous les articles sur l'IA. En version plutôt optimiste! Ici, la machine n'a pas détruit l'humanité. Bien programmée (d'inspiration Asimov), elle fut l'outil parfait, elle conduisit l'être humain dans les étoiles. Elle éleva une civilisation basée sur le culte du Nombre et du Concept. Cette belle époque d'avant l'Hécatombe n'est qu'un écho, dans le récit, un écho mélancolique et lointain.

    Ce roman m'a ennuyée, oui... avant de me parler. Qui n'a jamais cherché un sens à l'existence ? Qui n'a jamais été porté par un objectif puissant, une volonté intransigeante ? Je voudrais vous emporter avec moi... C'est un maginfique récit de la folie qui s'empare des esprits dont le socle s'est évanoui. 

    Une menace - dont je ne peux trop parler - va apparaître et contraindre Plautine et Othon à reconsidérer leur Carcan.  Cette menace sert de prétexte pour mettre en lumière la dissemblance de leurs choix. Comme quoi, la logique pure ne conduit pas toujours aux mêmes conclusions. 

    Plautine est physiquement tiraillée. Ses traits de caractères et ses capacités se sont matérialisés en autant de "noèmes", des intelligences devenues des personnages, qui évoluent au sein de la nef comme sur une scène de théâtre. S'opposent et s'affrontent, rivalisent d'arguments. Ils ne sont qu'un, ils sont Plautine, mais agissent en se cachant des autres. Ils la déchirent de l'intérieur, comme si la machine souffrait de schizophrénie.

    Othon - mon préféré - devient, en attendant le retour improbable de l'être humain, le dieu d'une population d'Hommes-Chiens qu'il façonne patiemment. Pour éviter ce conflit intérieur qui ronge Plautine, il se détache à sa manière des parties de sa conscience qui voudraient suivre une autre voix. Au sein de lui-même, il prend son indépendance. 

    Il est question de bien d'autres choses. De croyances, du libre arbitre, de renaissance, du destin qui échappe même à la logique...

    J'ai surtout une grande tendresse pour ce Dieu artificiel roublard et malheureux, cette machine faite de logique pure et qui sacrifierait tout pour que revienne celui qui, sans réfléchir, imparfait dans sa chair, avait foi en lui et lui donnait un cap.

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  • Bois éternels Vargas

    vargas-bois-éternelsDans les bois éternels, Fred Vargas

    Grand retour des livres audio, influencée par un collègue qui fait bien plus de route que moi et que j'ai ravitaillé en dévalisant le rayon à la médiathèque. 

    Sachant combien je suis attachée au réalisme et à la cohérence des choses, d'après vous, quel avis vais-je émettre sur un roman dans lequel la police mobilise en quelques minutes un hélicoptère pour suivre un chat ? 

    Perdu (ou gagné, si vous me connaissez mieux que bien) : j'ai adoré !! C'est mon troisième Vargas, je suis préparée, ce n'est pas un polar comme un autre, c'est une sorte de rêve un peu halluciné. Une errance poétique, qui porte Adamsberg, le héros flic, tantôt à écouter les mouettes, tantôt à lire à un bébé un livre sur la maçonnerie traditionnelle... Jusqu'à ce que le crime soit résolu.

    C'est une si belle écriture que chaque fois que j'en termine un, je l'oublie, comme on oublie un songe, même très agréable. Et je m'étonne à nouveau au roman suivant d'aimer à ce point cette auteure et de l'avoir si peu lue, finalement.

    Chaque personnage secondaire est une pépite. Les normands taiseux (scènes géniales), les histoires de bouquetins, les fantômes au grenier, la femme qu'on écoute en aimer un autre, les bois de cerf encombrants mais qu'il ne faut pas séparer, l'érudition de certaines explications... C'était parfait.

     

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  • Les phénix de ces bois

    dans la foret, hegland, se nourrir d'hegland et d'eau fraiche, manuel du survivaliste littéraire, initiation au renoncementDans la forêt, Jean Hegland

    Imaginez que la fin du monde advienne. Sans explosions, sans émeutes, sans hurlements, sans scènes de pillage, sans grands effets hollywoodiens. Un film catastrophe presque sans catastrophe, où vous suspendez simplement quelques secondes votre lecture au coin du feu pour remarquer que les choses ne sont plus comme elles étaient.

    La civilisation s'écroule mais vous n'êtes pas sous les décombres. Vous êtes à l'abri, à l'écart, au calme. Dans la forêt. Idée déroutante et pourtant réaliste car quelle que soit l'ampleur d'un événement mondial, il se trouvera toujours quelque part des individus isolés du reste du monde pour l'ignorer.
     
    Ils se sont installés là pour le cadre de vie, ils y élèvent leurs deux filles. Ce ne sont pas des marginaux, ils travaillent en ville, à quelques kilomètres de là. Si les filles sont, petites, éduquées à la maison, elles ne sont pas pour autant cloîtrées ni coupées du monde. A l'adolescence, l'une d'elle fréquente une école de danse, l'autre est toujours fourrée dans les livres et attend sa lettre d'admission dans une grande université.
    Il y a beaucoup de douceur dans le portrait de cette famille, au début du roman. Elle fait rêver. Comme une photo parfaite, prise au meilleur moment.
     
    Puis la mère meurt, d'une maladie il me semble. Puis la fin commence. Ce sont d'abord des pannes de courant, de plus en plus longues et rapprochées. L'énergie manque. Le père et ses deux filles suivent tout cela de loin, inquiets mais encore persuadés que tout finira par rentrer dans l'ordre. Ils font tout de même des réserves de provisions. Et lentement, la civilisation s'effondre. Les échos leur en parviennent.
     
    Ce n'est pas l'essentiel du roman. A moins d'être un exécrable photographe, on s'arrange pour avoir le sujet au moins un peu dans le cadre.
    C'est souvent, dans un récit initiatique, que l'on commence par priver le héros de tout. Il se retrouve généralement sans parents. Comme si on ne pouvait avancer qu'une fois tranchées toutes les racines. Sauf que là, elles sont deux.
     
    J'ai adoré ce livre. Je ne l'ai jamais trouvé triste. Mais j'ai pleuré. Ce n'est pas une descente aux enfers ni un drame. C'est un retour à la nature, un dépouillement - une sorte de mue? - lent et inéluctable. Il n'y a qu'une scène de violence. Elle m'a bouleversée, par son contenu, mais aussi parce que d'ordinaire, dans le chaos, la violence est la norme. Là, elle arrive par surprise, brutale, au milieu de la paix. Elle éclate.
     
    C'est un livre dont on sort en songeant qu'il y a encore beaucoup à dire. Sur le père. Sur les livres et la musique. Sur la dernière partie... mais je n'ai pas pour habitude de discuter de la fin des livres ici.
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  • La guettée parisienne

    3682460888.jpgLes Misérables - Tome III : Marius, Victor Hugo

    Revenons à ce cri : Lumière ! Et obstinons-nous-y ! Lumière ! lumière !

    J'ai trouvé un compromis pour me délester de la dictature des notes de bas de page et fluidifier ma lecture : j'ai lu toutes les notes avant, histoire d'être débarrassée ! Ce qui est bien avec les tocs, c'est qu'ils se plient assez facilement à des filouteries comme celles-ci. Pas folichon sur le moment, mais efficace. Reste ce sentiment désagréable de ne rien comprendre à la situation politique. Je vais trouver à régler cela et pour le 4e morceau, je serai au top !

    "Mlle Vaubois, parfaite en son genre, était l'hermine de la stupidité sans une seule tâche d'intelligence."

    Cette phrase... Vous comprenez pourquoi je mets de côté cet article depuis des semaines ?

    Je pensais que les Misérables, c'étaient Jean Valjean (un gentil galérien fétichiste des bougeoirs), Cosette (une petite chose muette et effrayée) et un couple d'affreux tortionnaires aubergistes. Les extraits dans mes manuels scolaires et les menaces de ma mère de faire venir les Thénardier pour ma sœur m'en donnaient en tout cas l'impression.

    En réalité, c'est une grande galerie. Le long portrait du gamin de Paris est sublime...

    "Si l'on demandait à l'énorme ville : Qu'est-ce que c'est que cela ? elle répondrait : C'est mon petit. "

    Je n'ai pas été aussi sensible au portrait de la ville - rigidité psychologique oblige, un portrait, ce sont des gens - mais j'ai aussi été bouleversée par ce pauvre père, l'ancien militaire, et d'une certaine façon par le grand-père de Marius.

    Tout cela pour redire que j'adore les portraits. Cette semaine, justement, un collègue d'excellente nature, toujours souriant, s'est mis à me vanter ces mêmes qualités chez un autre, dont il appréciait "la fraicheur". C'était un panégyrique très imagé où il était question de la montagne. Je n'aurais jamais moi-même utilisé ces images-là, mais je voyais exactement ce qu'il voulait dire : parfois, une présence nous emporte. C'était probablement, en dehors de la littérature, le portrait le plus enthousiaste d'un homme pour un autre que j'aie entendu.

    Alors que pris globalement je n'attends pas grand chose de mes semblables, observés un par un, il en sort toujours quelque chose de spécial, de poétique. Comme le gars dans le métro tout à l'heure, qui avait un mètre ruban et qui mesurait, en commentant tout haut, ses pieds, ses poings, les vitres, ses jambes, la distance entre ses chaussures... Il était un peu effrayant, comme toutes les manifestations publiques de l'existence de la folie. Il n'a pourtant essayé de mesurer personne d'autre que lui, même s'il en a fait l'annonce, en disant qu'on verrait bien alors, les menteurs, ceux qui se prétendent de taille 48 ou 50. Il a surtout laissé derrière lui une rame entière de gens éberlués, riant ou souriant. Au sein d'une foule, il a été le seul à exister, le seul à me donner envie d'en conserver le souvenir. 

    J'aime bien les gens, vus de si près. Si vous écrivez des portraits, envoyez-les moi. Si vous n'en écrivez pas, choisissez n'importe qui autour de vous, écrivez, et envoyez-les moi. On peut même faire des échanges si vous voulez, comme pour les Pokemon.

    Pour Hugo, je n'ajoute rien, je ne me sens pas assez à l'aise, mais c'est de mieux en mieux. Chouette personnage que Marius, en tant que fils, que petit-fils et que soupirant. Le coup de la promenade quotidienne et du banc... ça m'a rappelé des souvenirs. Qu'on est bête, quand on est amoureux/ses !

    "Vous allez tomber d'engrenage en engrenage, d'angoisse en angoisse, de torture en torture, vous, votre esprit, votre fortune, votre avenir, votre âme; et, selon que vous serez au pouvoir d'une créature méchante ou d'un noble coeur, vous ne sortirez de cette effrayante machine que défiguré par la honte ou transfiguré par la passion."

    A suivre...

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