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Croquer et être croqué

d%2527un%2Btrait%2Bde%2Bfusain.jpgD'un trait de fusain, Cathy Ytak

Difficile en lisant ce roman de ne pas penser au film 120 battements par minute vu l'année dernière et à l'incroyable silence qui a suivi la projection. A peine quelques murmures quand les spectateurs ont commencé à sortir. Je m'étais sentie honteuse d'être si inculte.

Avec le film comme avec ce roman jeunesse, j'ai replongé dans une époque. En partie parce que ces oeuvres ont soigné le contexte et ont su retracer les premiers combats des malades ou encore la naissance d'Act Up. Tout récit historique réussi donne cette impression de visiter un coin du passé.

Mais il y a autre chose. Je suis née dans ces fameuses années sida. J'ai souvenir de ma mère, m'incitant à regarder des téléfilms sur ce thème. Sur le cancer, aussi, tiens, quand j'y pense. Ce sont des souvenirs très partiels, mais j'ai l'impression qu'elle m'a inculqué quelque chose du genre "ne pas avoir peur des séropositifs". C'était sûrement un thème qui lui tenait à coeur.

J'ai l'impression d'avoir été bien informée au collège et au lycée mais c'est logique, on était déjà loin du début de l'épidémie. Plus tard, j'ai lu les pages infos sida de Têtu. C'était il y a presque vingt ans...

C'est comme si le thème avait fait partie de mon quotidien, il y a très longtemps. Qu'il y avait toujours à la télé un mec séropo et quand ses collègues l'apprenaient ils ne voulaient plus partager les mêmes toilettes... Puis c'est devenu un savoir scolaire. Puis j'ai été amoureuse, souvent négligente. Me suis-je jamais sentie réellement concernée ?

Dans 120 battements qui s'adresse à un public d'adulte, la tonalité politique m'a beaucoup plu. L'engagement, l'hommage rendu aux militants. Certaines scènes se font écho du film au livre.

Dans un trait de fusain, le récit est un peu moins politisé, mais tout aussi émouvant. Ce sont presque des enfants qui sont touchés, ils sont étudiants en art, touchent les corps nus des yeux et du crayon avant de pouvoir y joindre les mains. Ils et elles sont hétéro ou homosexuel·le·s. Confrontés à une maladie dont on ne sait pas grand chose et dont on parle encore moins, ils vont réagir chacun à leur façon, avec plus ou moins d'empathie, de militantisme, de courage et de peur.

Et ils vont mourir et voir mourir.

A placer sans hésiter dans les mains de la nouvelle génération.

Lire aussi : l'avis de Solessor

Lien permanent Catégories : Médecine générale 3 commentaires

Commentaires

  • Je crois que tous les enfants nés dans les années 80 ont été extrêmement sensibilisés au sujet du sida. C'était une vraie problématique de société à l'époque dont, ainsi que tu le dis, on parlait partout et tout le temps. De nos jours, ça ne l'est plus, et il y a beaucoup moins de sensibilisation qui est faite auprès des adolescents. Ce qui peut être potentiellement dramatique vu que j'ai récemment lu un article qui disait que depuis l'apparition de la trithérapie, beaucoup de gens pensent que le sida est curable.

    Ado, j'ai lu " On n'est pas sérieux quand on a 17 ans" de Barbara Samson (elle a été contaminée lorsqu'elle avait cet âge-là) et ce récit m'avait vraiment marquée. Je l'ai d'ailleurs conseillé à quelques ados de ma connaissance - du coup je note aussi " D'un train de fusain".

  • Qu'il est curable, qu'il se transmet par la salive...
    Globalement tout ce qui concerne l'éducation sexuelle est désolant. ^^
    Je ne connais pas le livre de Barbara Samson, merci pour la suggestion.
    Dans un genre assez trash, il y a aussi les nuits fauves. D'ailleurs il en est question dans un trait de fusain.

  • L'éducation et la sensibilisation sont des combats permanents, et dans le domaine du SIDA malheureusement on recule plus qu'on avance, quand on interroge les ados. Les idées reçues sont légion... A voir tout ça, on ne soupçonne pas que l'objectif de l'OMS est d'éradiquer la maladie d'ici 2030 !

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