20.03.2011
L'ancêtre d'MSN à l'honneur
Je veux parler, bien sûr, du courrier, ce truc avec plein de mots qui ont plein de lettres, car autrefois, on écrivait "JTM" avec pas moins de... 7 caractères! Et une apostrophe, j'expliquerai un jour de quoi il s'agit...
Lettres de la Marquise de M*** au comte de R***, Claude Crébillon
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Avis chrono'
Une liaison amoureuse narrée de ses prémices à sa fin de façon originale puisque vous n'avez ici que les lettres de la dame. Jolie prouesse, des passages savoureux, on grince un peu des dents car rien ne ressemble tant à une déclaration d'amour qu'une autre déclaration d'amour... Mais il manque un petit quelque chose pour en faire un chef d'oeuvre.
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« Quelque chose qu'on dise de la constance elle ne dure qu'autant que l'amour »
Tout est bidon là dedans puisque ce ne sont pas des lettres authentiques, mais un roman épistolaire... que la dame est en réalité M. Crébillon fils, auteur du XVIIIe siècle (il est mort, bon pour mon challenge nécro ça).
Vous connaissez sans doute Les liaisons dangereuses, de Laclos? Sinon il faut au plus vite réparer cette lacune. Hé bien vous avez avec cette délicieuse marquise un avant goût (50 ans plus tôt) du piquant des Liaisons.
En effet, cette dame, mariée bien sûr, entame un échange de lettres avec un comte, dont les réponses ne nous sont pas données, mais que l'on devine très aisément, un peu comme on reconstitue la teneur de la conversation téléphonique du gars qui, au restaurant, répond à un appel à la table d'à côté en parlant bien fort.
Non seulement on arrive bien à suivre, ce qui est un minimum pour un livre, si vous voulez mon avis, mais en plus, cette absence de réponse est un excellent ressort de l'action. Ainsi, côte à côte, nous trouvons une lettre: "Va-t-en, méchant, je ne veux plus te voir" et tout de suite après "Oh, mon chéri, comme tu me manques, viens dépêche-toi". Avouez que s'il y avait entre les deux le plaidoyer du comte sur 3 pages, ça gâcherait l'effet "papillon".
Je ne vous fait pas de résumé, il vous suffit de savoir qu'on prend leur idylle tout au début et qu'on la suit jusqu'à la fin. Tout y est: amour, craintes, jalousie, raccommodement, amour, craintes, jalousie...
La répétitivité des motifs est volontaire: quelle meilleure façon de nous faire sentir combien l'amour est vain, convenu, qu'il répond à des schémas immuables? Qu'aucune lucidité ne permet d'en éviter les écueils?
Car la marquise, dans ses premiers écrits, affiche sa connaissance de ce qui va arriver. Elle tient une sorte de métalangage amoureux. Celui de la femme qui sait qu'elle est en train de parler de l'amour et qui décrit minutieusement les étapes de sa chute, parfois avant même qu'elles n'aient lieu.
"A force de vous écrire que je ne vous aimais pas, je vins enfin à vous écrire que je vous aimais"
Elle désamorce même ses propres tactiques de séduction en dévoilant leur objectif, n'hésite pas à lui dire qu'elle est en train de le manoeuvrer...
« Vous vous connaissez trop bien pour ne pas croire ma froideur affectée; je ne veux que vous éprouver , et par un peu de résistance, vous rendre ma conquête plus agréable ».
Je pense qu'on peut voir l'ensemble de l'oeuvre de deux façons: ou bien on considère que c'est un avertissement. A quoi bon être infidèle, puisque ça n'apportera rien de neuf, que ça ressemblera en tout point à l'expérience de tous les autres amants du monde? C'est d'un ennui...
Ou bien on s'en réjouit: si c'est si commun, à quoi bon se priver, tout le monde fait pareil. Crébillon en était déjà convaincu il y a près de 300 ans et ce roman ressemble à s'y méprendre au scénario des Feux de l'Amour.
La première proposition est fort bien-pensante, la seconde passera pour immorale.
Et moi... ceux qui commencent à me connaître à force de fréquenter ces pages savent que mes positions morales sont toujours extravagantes!
Ce que je retiens de cette histoire, c'est sa tendresse. Je trouve ça mignon de nous donner ainsi à voir nos défauts amoureux. Mieux vaut en rire!
Montrer que nous pouvons vivre trois fois la même histoire, la reconnaître chez les autres... Savoir où l'on va, savoir que ça va mal finir... Et quand même y retourner... C'est une belle preuve de la puissance de la nature et des instincts en nous. Nous passons vraiment trop de temps à nous croire les plus forts, dans cette vie...
« En connaissant le péril que je courrais, je n'eus pas la force de l'éviter »
Terminons sur une petite note pour l'égalité des sexes:
« Que vous êtes heureux, vous autres hommes, de pouvoir sans honte vous livrer à votre penchant; pendant que, soumises à des lois injustes, il faut que nous vainquions la nature, qui nous a mis dans le coeur les mêmes désirs qu'à vous. »
P.S. Si après cet article merveilleux vous vous sentez l'envie irrépressible de m'écrire des mails enflammés, mon adresse est dans la colonne de gauche.
Ce livre pour...?
Ce livre pour servir de modèle à vos courriers galants, si vous manquez d'imagination. A offrir à vos prétendants ou vos prétendantes préhistoriques qui en restent aux sms "komen ça va JTM". Il y a là dedans un très beau "Gaffe si tu t'appliques pas un peu je vais aller me trouver un mec meilleur que toi". Ne pas hésiter à surligner le passage.







Commentaires
Écrit par : pucca | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireJ'attends encore la péridurale sentimentale!
Écrit par : Soundandfury | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : pucca | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireJe sens que je tiens enfin un moyen de faire fortune!
Écrit par : Soundandfury | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireCombien fait-il de pages ? J'ai peur de m'ennuyer s'il est trop long en fait. ;x
Écrit par : Luthien | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireCe n'est pas non plus un roman fleuve.
Je me souviens que mon prof de littérature du 18e parlait de Crébillon en termes... comment dire... il était un peu exalté... Nous avions tous compris que c'était à la limite du roman cochon... Et puis, point du tout...
Alors ou bien c'était le père Crébillon et je dormais en cours (fort probable) ou bien il a tenté par ce vil procédé d'appâter les lubriques que nous étions. Ou bien il s'agissait d'un autre titre, mais lequel? Je sais que "Les égarements du coeur et de l'esprit" sont célèbres. Etait-ce le sopha?
Écrit par : Soundandfury | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marmotte | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireJ'ai lu que le père était un débauché de la pire espèce.
Écrit par : Soundandfury | 20.03.2011
En même temps, j'ai l'impression que la plupart des profs voient des éléments sexuels même quand il n'y en a pas. Ou peut-être essayait-il de vous attirer en effet. =p
Écrit par : Luthien | 20.03.2011
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Soundandfury | 20.03.2011
Écrit par : Véro | 31.03.2011
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