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A la guerre comme à la guerre

dead on arrival... c'est pas un prénom ça !Pukhtu (Primo), DOA 

Je ne regrette pas d'avoir repris les partenariats Folio, je continue d'aller vers des romans que je n'aurais jamais abordés par un autre canal. J'ai beaucoup à dire sur Pukhtu... ce qui n'était pas gagné quand on sait que je déteste par-dessus tout, au ciné comme dans les bouquins, les histoires d'espion, tout ce qui touche à la drogue et que je suis toujours paumée en histoire et incapable de m'y retrouver dans les conflits contemporains.

Au cours de ma lecture, d'ailleurs, je n'ai pas toujours bien su qui tirait sur qui et à partir d'où. On m'a pourtant gentiment fourni un lexique militaire de 8 pages et une carte des zones frontalières entre l'Afghanistan et le Pakistan. Alors je laissais les uns et les autres traverser par ici, revenir par un chemin caillouteux, se faire repérer là, se tirer dessus, s'enfuir à cheval ou déguisé à l'arrière d'un véhicule, passer d'un côté ou de l'autre, un peu comme on va se chercher des clopes en Espagne, et j'attendais patiemment que quelqu'un rejoigne une ville de la carte pour m'y retrouver. Je suis patiente, quand j'aime.

Je ne suis même pas contrariée de n'avoir pas aimé les quelques personnages féminins - en dépit de scènes de sexe plutôt hot entre femmes. Dont une lue en diagonale pendant la pause méridienne au boulot. Ne pas lire au boulot !! On a jamais le temps de savourer les bons passages. Idem dans les transports. Un bon livre c'est avec une couette et un thé* ou un chocolat chaud.

Je ne me suis pas divertie, je n'ai pas été émue, j'ai été impressionnée. Comprenez marquée en profondeur. Comme l'a noté très justement C'era Una Volta dans son article, c'est davantage un documentaire qu'un roman. Je ne sais pas bien quel a été le parcours de l'auteur, mais qu'il ait été à la fois journaliste et militaire ne me surprendrait pas.

Cynique n'est pas le bon mot. Désabusé, peut-être ? Personne aujourd'hui ne se fait d'illusions sur la guerre.

"l'enjeu commercial premier de ces deux guerres n'a jamais été la captation des richesses des pays en question mais la guerre elle-même, source d'immenses profits."

Tout est cliniquement décrit, les sociétés privées de mercenaires qui se font de l'or sur le dos (ou avec la complicité) des gouvernements, les idéaux qui aident, dans un camp comme dans un autre, à ne pas trop réfléchir quand il faut ôter une vie, les consciences en sourdine et les moments où le bouchon ne tient plus.

Les personnages d'état, qui surplombent la scène, tirent les ficelles, comme à la fête foraine, avec une mallette de cash au bout. Aucun perdant messieurs dames, c'est un business sans fond, amenez vos pelles.

Impossible de lire ce livre en y trouvant d'un côté les héros américains, de l'autre les infâmes talibans. Sans doute que le chef pachtoune aurait conservé des relations distantes avec les ennemis de l'occident s'il n'avait dû venger ses enfants. D'autres se sont enrôlés par peur, ou par besoin de nourrir leur famille. Ou sont juste là par hasard, à l'aplomb d'un engin explosif ou en contrebas d'un drone. Ces engins froids et mortels hantent le récit de leur présence fantôme, tuent des enfants ou des terroristes, sont les oreilles toujours ouvertes des murs invisibles qui séparent deux civilisations qui semblent à jamais incapables, pourtant, de s'écouter.

C'est un roman du gris, de la poussière d'un pays rude, de la poussière des corps vaporisés ou des idéaux qui redeviennent poussière à force de lassitude. Un roman qui dépeint avec lucidité une société salie. Ceux qui s’empiffrent de cocaïne ou d'héroïne dans les milieux parisiens privilégiés font tomber leurs billets directement dans les poches du terrorisme sans rien y voir de problématique. Ils baisent là comme d'autres meurent ailleurs, sans plaisir, dans la violence, pour fuir ou dans une vaine tentative de se trouver une identité.

 " Quand ils montent au feu, cette différence entre eux et les cons d'en face, et la camaraderie née d'avoir pataugé ensemble dans la même merde, rendent plus facile de savoir qui défendre et qui descendre. Une conception peut-être naïve des choses, aveugle, limitée, mais éminemment respectable dans sa générosité tordue, mal rétribuée et létales, minoritaire au sein d'une génération avant tout préoccupée par ce qu'a chié Lady Gaga la veille. "

 

 

 

* terme non contractuel. Un thé est plus probablement une tisane. Je précise pour les puristes.

Commentaires

  • "C'est un roman du gris, de la poussière d'un pays rude, de la poussière des corps vaporisés ou des idéaux qui redeviennent poussière à force de lassitude."
    C'est ça, exactement! Belle formule

    description clinique, voilà le mot qui m'a échappé "clinique" et qui convient parfaitement.

  • Pas journaliste mais effectivement ancien parachutiste, ce DOA qui fait tant parler de lui ces derniers temps. J'ai du mal à savoir si j'ai envie de tenter l'aventure. J'ai peu d'affinités pour les romans d'espionnage. Comme toi, mais ceci dit ça t'a plu. Intrigant.
    Prête à lire la suite ?

    * Sur ce, je retourne à mon cappuccino, qui n'est ni un café ni un chocolat.

  • @ C'era - Merci. Quant au terme "clinique", je me demande si je ne l'emploie pas trop. Et au passage pourquoi un terme médical s'associe si facilement à la froideur, la neutralité ou l'absence de sentiments.

    @Sol - Pas franchement un roman d'espionnage. Plutôt un récit de guerre. Je ne sais plus si je l'ai dit au dessus, mais c'est assez désagréable ce genre de récit, parce que ça soulève quelques instants une sorte de rideau qui nous sépare du reste du monde, tellement moins privilégié. S'il existe des mondes parallèles, je me demande si une fusée est nécessaire pour s'y rendre.

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